Écologie et discours nationaliste

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C’est le premier débat pour lequel des notes, pour un compte rendu, ont été prises ; à tâtons, nous examinons la question très en vogue de l’écologie pour en déterminer l’imposture, quand elle n’est qu’un artifice de la société du spectacle ; nous aurons contribué à poser les bases d’une réflexion pour rendre à nos positions patriotes et réactionnaires les outils d’appropriation d’un thème qui fut toujours le nôtre.

 

Tour de table

Petit point historique, souvenons-nous que l’écologie est une valeur nationaliste, ancrée à l’extrême-droite et dans la Tradition, puisque l’écologie bien comprise, en politique, désigne toutes les actions ou les doctrines inscrites dans le respect de l’environnement, de ce qui environne. La préférence nationale, la souveraineté territoriale sont deux dimensions d’un cadre propice aux mesures politiques teintées d’écologie. Dans les années 1970, les socialistes ont intégré l’écologie à leur corpus idéologique, pour lui donner une dimension internationaliste et catastrophiste.

Mais la droite conservatrice et traditionaliste est la « mère » de l’écologie. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, la définition étymologique de l’écologie est très claire : öikologie (composé du grec οικος « maison » et de λογος « discours ») désigne la science des lois de la maison. Aujourd’hui, dans les médias notamment, l’écologie politique s’inscrit dans un contexte où tout serait déjà perdu : ce mot couvre bien plus un sujet pour le rêve qu’un sujet pour la réalité. Pourtant, c’est tous azimuts que les politiques, désormais, prétendent se mêler d’écologie et, pire encore, de sauver le monde. Ce faisant, toute vision de l’écologie est dans leur bouche polluée par ces discours ridicules autour du vivre-ensemble et de la « planète » qu’il faudrait sauver, comme si « Gaïa », personnifiée, devenait une sorte de déesse nourricière ; à ses pieds nous devrions nous prosterner ; à ses temples il faudrait porter des offrandes.

En dehors de cette incursion quasi-psychiatrique de l’hystérie de la politique, une vraie réflexion de droite conduit à cette évidence : la question écologique est la plus facile à récupérer des mains de la gauche. C’est une thématique centrale, nécessaire, impérative pour le camp patriote. Il faut remettre l’homme au centre de la question : ce n’est pas la planète qui va mal, mais nous autres qui la peuplons.

Nous aurons quelque peu discuté de l’écologie en action, de la concrétisation du discours. L’écologie peut-elle être l’objet d’incitations fiscales ? Cette carotte suffit-elle à motiver les contribuables ? Nous ne pouvons nous considérer ici seulement comme des contribuables ou des consommateurs, il faut, à l’égard de son environnement, de son territoire – le village, la contrée, le pays – se conduire en citoyen. En ce sens, l’écologie doit être intégrale. Elle doit comprendre aussi les dimensions spirituelles d’un combat qui doit être celui de la théorie et de la pratique : l’individu, le groupe sont au cœur des enjeux. Après tout, « une Nation qui détruit ses sols se détruit elle-même », et nous pourrions étendre cet avertissement à de nombreuses dimensions de notre « environnement ».

 

Quelle écologie en 2019 ?

L’écologie est-elle seulement l’objet des politiques ? Sommes-nous obligés de nous astreindre aux mesures chiffrées, aux détails insignifiants du pourcentage de particules dans tel ou tel carburant ? Des actions paraissent indispensables, à l’échelle globale comme à l’échelle personnelle. S’agit-il de défendre la biodiversité ? Il faut mener ce combat contre les écologistes de gauche qui excusent la disparition des animaux d’élevage – nous les voyons qui attaquent les filières de l’élevage en France, sans considérer qu’un retour aux pratiques traditionnelles règlerait un grand nombre des difficultés éthiques et pratiques suscitées par l’industrialisation de ces filières. Comment motiver ces prises de conscience, ces changements de pratique ?

La question des taxes paraît s’imposer comme essentielle : la fiscalité doit servir comme d’un levier pour favoriser les comportements écologiques et punir les comportements non-écologiques. Le libéralisme européen paraît être l’ennemi de l’écologie. Les programmes nationalistes doivent s’inscrire dans une perspective réactionnaire de facto écologiste, pour aboutir à une société naturellement respectueuse de son environnement. Ce modèle de société est par nature « écolo ». Nous n’avons pas à nous mêler d’internationalisme en la matière : commençons par balayer le sol français et améliorer la qualité de vie de nos concitoyens.

Faut-il cependant oublier le rôle des géants d’Asie, des États-Unis, qui ne se privent pas de polluer l’ensemble de la planète ? L’idée d’un protectionnisme écologique est évoquée : elle paraît peu convaincante, cependant il semble admis que le protectionnisme permettrait d’ajuster les tendances. De plus amples recherches sont nécessaires. Après tout, la dégradation de l’environnement a un coût et nous ne pouvons pas nous permettre de nous engager dans une course dont les gains immédiats n’évacuent point les pertes moins immédiates, plus lointaines et pourtant considérables. L’exemple des pays dits émergents est plutôt révélateur.

Quelle place pour la « transition écologique » et la « fin du nucléaire » en France ? L’énergie n’est pas un problème secondaire. L’environnement familial, social, tout ce qui constitue l’environnement d’un individu contribue à la vision écologique pour la patrie. La question énergétique est complexe : enlever les centrales nucléaires pour couvrir la France d’éoliennes, est-ce bien écologique, quand on sait ce qu’est une éolienne et leurs conséquences sur les oiseaux ?

La France peut-elle apparaître comme un modèle aux yeux du monde ? D’aucuns auront évoqué un projet intéressant : conserver le nucléaire, mais se placer à la tête de la recherche en matière d’énergie pour diminuer les externalités négatives et motiver l’émulation, dans le but d’aboutir à une balance énergétique la plus propre possible. La cause mérite de se poser la question. Cependant, comment convaincre les entreprises, le marché ? Quel avenir pour « le profit vert » ?

Quel programme politique pour l’écologie patriote ? Il semblerait que l’air du temps soit au catastrophisme écologique. En somme, tant que nous ne serons pas la tête dans le mur, il n’y aura pas de réactions ; aucune politique visionnaire n’émergera tant que la « catastrophe » ne sera pas à nos portes. Pourtant, la nécessaire prévision n’est plus une option et nous avons tout à gagner à développer une pédagogie de l’écologie à travers le localisme, le retour à sa terre, le quant-à-soi national, l’enracinement. Il ne s’agit pas de transformer chaque patriote en paysan ! Il s’agit simplement d’encourager à préférer toujours son environnement, à l’aimer pour mieux nourrir le goût de l’entretenir et le préserver.

 

Comment introduire l’écologie à droite ?

Quelle visibilité pour l’écologie politique à droite ? Le discours catastrophiste n’a pas de prise sur la population, sur les électeurs ; la perte de vitesse des mouvements comme E.E.L.V. tend à le prouver, sauf à considérer toutes les élections européennes comme des « piqûres de rappel écologique ». En revanche, les changements de mode de vie proposés par la France Insoumise sont électoralement porteurs.

L’écologie de la séduction semble la voie à suivre. On habite comme on vit. Il s’agit d’avoir une attitude responsable à l’égard de son environnement ; l’écologie ne se résume pas aux éoliennes ou aux panneaux solaires. Mais est-ce que cela suffit ? Il y a des choses qu’on ne peut ni prévoir, ni anticiper : il faut adopter des comportements pour construire un habitus enviable et honorable. Les comportements personnels doivent être liés à des comportements plus globaux. Il s’agit d’inscrire sa praxis dans le cercle vertueux d’une vie exigeante et tout entière orientée vers la conservation de ce qui est sain – et la réaction contre ce qui ne l’est pas.

S’agit-il pour autant de reprendre les idées de la France Insoumise ? Il faut y puiser ce qui peut nous sembler intéressant. La contextualisation de ces idées dans le cadre patriote est nécessaire et nous ne pouvons, comme eux, penser ménager la chèvre et le chou en « jouant sur les mots ». La Patrie, c’est la terre de nos pères, c’est donc la terre qu’il nous revient de protéger. On ne peut être mondialiste quand on recherche la sobriété et la localité. Politiquement, des solutions sont envisageables : la publicité, les supermarchés, le goudron partout… Tout le monde se moque du réchauffement de la planète, cependant personne ne veut d’une usine dans son arrière-cour : c’est là que nous pouvons toucher la masse d’électeurs fluctuants ou hésitants. Ces domaines d’action politique seront donc le droit de la consommation, le droit de la distribution, les politiques d’urbanisme, par exemple – loin des grands enjeux pour la catastrophe mondiale.

Le mondialisme écologiste est mort, ce n’est plus qu’un fossile. Nous aurons évoqué le cas de Nicolas Hulot, et mille autres pour désigner ces épouvantails de l’écologie, qui sont des âmes froides et des coquilles vides. Cela désintéresse et même agace les gens. L’intérêt du tout-venant va plutôt à l’écologie tangible. La jeunesse paraît la plus impliquée. Cependant, qui acceptera de changer son mode de vie ? Après la phase adolescente, qui renoncera au confort fallacieux et séduisant du consumérisme béat ? Que font ces jeunes, qui s’indignent à midi du pauvre ours polaire perdu sur sa banquise fondante ? Ils vont changer leur téléphone pour le dernier modèle, pour le « dernier cri » ; leur écologie n’est rien de plus qu’un cri d’enfant paresseux, un caprice.

Transformer les anecdotes en inclination contagieuse est essentiel : nous devons, chacun, nous faire le moteur d’un rayonnement local, pour que ces sujets, thématiques et pratiques, deviennent l’objet des politiques publiques du camp patriote. Par exemple, des politiques d’aménagement du territoire peuvent inciter les familles à quitter les métropoles pour regagner la campagne. Les métropoles posent un problème : elles sont inscrites dans le mondialisme. Nous ne pouvons envisager de renvoyer tous les Français à la campagne, mais nous pouvons chercher à revitaliser les villes de taille moyenne, pour désengorger ces métropoles infâmes que sont Paris, Lyon, Marseille ou Toulouse.

En ce sens, l’éducation et la formation professionnelle n’ont-t-elles pas un rôle à jouer ? Le rêve socialiste ne mène qu’à la mort d’une société qui s’enkyste autour des jeunes diplômés déclassés. Pour faire carrière, il faut être à Paris ; valoriser les filières d’apprentissage et l’artisanat est une façon de redonner vie aux provinces, aux campagnes. Quel appétit pour la ruralité chez les jeunes ? Des mesures ont encouragé la métropolisation et l’assèchement des campagnes. Il paraît nécessaire de faire barrage à ces mesures et d’orienter la politique nationale en sens inverse ; l’influence des grands groupes laitiers, l’influence de la grande distribution, ces influences doivent être combattues. Des mesures concrètes peuvent encourager, par exemple, les médecins et les services publics à repeupler les campagnes. Par ailleurs, beaucoup de jeunes gens se rendent compte aujourd’hui que Paris est une impasse ; alors ils se tournent vers la périphérie, vers ces zones vides et désertées. Cette démarche suffit-elle, cependant ? La campagne n’est pas synonyme de décroissance. L’exemple des Pays-Bas est évoqué mais nous n’aurons pas eu le temps de l’approfondir. Il faut vivifier les provinces et desserrer l’étau jacobin qui lie ces territoires à la métropole la plus proche, puis à la capitale.

Quel avenir pour la diplomatie avec les pays que heurteront ces mesures d’écologie nationale ? C’est un choix qu’il faudra assumer. Les dommages collatéraux sont à considérer, mais seront-ils si importants ? Il ne s’agit pas de sauter des deux pieds dans le plat. Les politiques étrangères sont agressives, cependant il est possible de s’en prémunir et de s’en défendre : c’est tout l’enjeu de la diplomatie. La transition ne pourra qu’être longue et laborieuse. Les innovations seront la clef des solutions écologiques pour la France. Quel coût pour ces innovations technologiques ? L’exemple du biogaz est évoqué. Ces procédés et techniques seront employés localement et participeront de la création des richesses nationales. Il faut donc que les politiques publiques nationales et régionales encouragent ces initiatives. Il y a tout intérêt à favoriser le marché domestique, sur ces derniers points.

L’un des nœuds du problème restera bien sûr l’Union européenne. Les solutions politiques sont possibles (le glyphosate, les semences, etc.), mais impliquent d’affronter ces institutions européennes pour recouvrer quelques instruments de notre souveraineté. Il faut montrer à tous les Français les mille et une faces de l’Hydre : les normes du droit communautaire, notamment les directives, affectent tous les milieux socioprofessionnels en France ; c’est un des vecteurs pour nourrir l’hostilité à l’endroit de l’Union européenne chez les électeurs, sentiment qui a fait le succès du FN(RN), de la France Insoumise, et même des LR. Il faut insister sur l’incompatibilité des mesures prises par les institutions de l’Union et tous les enjeux écologiques qui nous sont pourtant vendus tous azimuts. Toute volonté de vivre de façon « écologique » paraît, de fait, mettre l’individu en hostilité avec le vivre-ensemble européen. L’action doit naître de la base : de la « campagne », où doit renaître l’agriculture locale et les circuits courts. De la base doit venir l’impulsion qui se traduira dans un programme électoral. Il s’agit d’encourager l’enracinement pour lutter contre l’hybris consumériste. Quelle place pour le militantisme, au regard de ces questions ? Les initiatives doivent être encouragées, mais peuvent-elles être organisées ? Nous le souhaitons.

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