Jeunes et politique

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Nos adversaires politiques n’hésitent jamais à faire usage des « jeunes » pour répandre le poison de leurs idéologies ; la participation des lycéens et des étudiants aux grandes manifestations de ces dernières décennies, l’appel systématique à l’engagement des « jeunes » nous obligent à nous questionner : quelle place pour la jeunesse dans le combat patriote et réactionnaire ?

 

Tour de table

La politisation des mineurs est au cœur de la discussion. Elle soulève une fracture considérable : d’un côté, il semble bien peu réactionnaire et patriote de souhaiter impliquer les enfants sur le terrain du combat idéologique ; d’un autre côté, ces mêmes mineurs accablés par la pression idéologique exercée sur eux par tous les organes sociaux de la gauche réclament un rôle dans la lutte. Comment articuler une victoire culturelle de la « droite » sans considérer l’infiltration méthodique de la « gauche » auprès de tous les secteurs d’activité en lien étroit avec la formation de la jeunesse ?

Tous s’accordent pour considérer l’enfant comme un animal politique inachevé : il est en formation, il est en croissance intellectuelle et doit occuper son temps à nourrir et construire ses opinions plutôt qu’à les exprimer. L’étymologie du terme revêt un sens singulier, puisqu’il est emprunté au latin classique « infans, infantis », soit « celui qui ne parle pas » ; la gauche idéologique se sert, depuis les années 1980, de la masse indécise et incertaine des « jeunes » pour constituer une réserve d’électeurs et d’agents militants ; on ne compte plus les manœuvres syndicales venues desservir la scolarité des lycéens pour les pousser à l’action politique stérile et superfétatoire.

L’éducation est un préalable nécessaire à toute implication politique ; les médias sont envahis par ces drôles d’oiseaux que sont les commentateurs, ces individus grassement payés pour donner un avis sur tout sans avoir construit aucun raisonnement sur rien. Ainsi, leur exemple entraîne à leur suite la ronde sinistre des jeunes gens, qui sans culture, qui sans intelligence des sujets traités ; ceux-ci s’engouffrent dans la brèche et se croient autorisés à professer des opinions souvent légères, cibles faciles pour n’importe quel adversaire préparé et consciencieux. Ces jeunes feraient donc mieux de s’instruire et d’occuper leur temps libre à se former intellectuellement. A fortiori, la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Pour autant, il ne s’agit pas de laisser la jeunesse aux prises avec le « gauchisme ambiant » ; les jeunes sont de facto politisés quand ils sont au contact de professeurs, d’animateurs, d’éducateurs qui usent de leur statut comme vecteur d’un combat politique qui n’a pas sa place, pourtant, dans les milieux au contact des plus jeunes – et donc des plus vulnérables. L’instruction civique, devenue, après bien des métamorphoses, l’éducation morale et civique depuis les programmes de 2015 pour les cycles 1, 2, 3 et 4 (l’ensemble de la scolarité), est trop souvent utilisée à des fins de politicailleries, pour préparer les futurs électeurs de dix-huit à intégrer la gauche du vivre-ensemble. Cette préparation passive est délétère et, loin de conduire à la formation d’une élite culturelle « de gauche », elle participe de l’épanchement d’une masse d’électeurs ignares et végétatifs. Cela tient au fonctionnement des institutions éducatives, entendues au sens le plus large, et pourrait faire l’objet d’une autre discussion.

En définitive, les jeunes desservent l’action politique plus qu’ils ne l’enrichissent, quand ils s’y inscrivent au hasard et sur le seul fondement de leur intuition, de leur impulsion. L’absence de connaissances, l’absence de maîtrise des outils conduit à l’exposition d’opinions peu légitimes et perçues comme ineptes : ces jeunes sont autant de maillons faibles. Pourtant, nos adversaires ne s’embarrassent guère et poussent les jeunes, notamment les lycéens, à la grève, par exemple ; ils les mobilisent également sur l’Internet, sur Discord, où les serveurs « politiques » abondent, où la moyenne d’âge éclaire la nature d’un public jeune et volontaire. Nous avons donc des cartes à jouer.

 

L’éducation : la clef de notre réussite

Quelle place pour l’éducation des jeunes ? Si cet enjeu n’est pas la clef de nos succès à court ou moyen terme, il sera la condition de la pérennité de notre action. Une victoire durable doit s’appuyer sur l’adhésion des masses électives. Les théories classiques du politique n’ont pas cherché à déterminer des causalités mais à bâtir des légitimités. Les unes ont fondé le consentement des gouvernés par les théories du droit divin ou de la souveraineté populaire, les autres ont animé le ralliement des philosophes et des beaux esprits ou l’action de certains hommes d’État. Pour l’heure, la légitimité historique de notre action ne pourra naître que du consentement des masses aux effets produits par celle-ci : d’où la nécessité d’une éducation des jeunes qui tendent vers l’idéal du citoyen instruit et éclairé.

D’aucuns ont soulevé la question de l’éducation religieuse mais celle-ci devrait plutôt faire l’objet d’un débat à part entière. Seize années ont passé depuis le rapport remis au ministre de l’Éducation nationale en février 2002, rapport conduit par Régis Debray, sur la question de l’enseignement du fait religieux à l’école – qui partait d’un constat sinistre, la progressive et croissante inculture des élèves de collège et de lycée. Rien n’a été concrètement fait pour suivre les orientations préconisées par ce rapport et c’est très regrettable, car ces orientations proposaient justement l’enseignement du fait religieux dégagé du prosélytisme à craindre des religions les plus ambitieuses – l’Islam, pour ne citer qu’elle. Notons cependant que le rapport présente également les torts qu’on peut attendre d’un texte à destination d’un ministre socialiste (Jack Lang, à l’époque).

Le collège et le lycée confrontent les élèves à une injonction détestable : s’exprimer sur tout et sur rien ; la méthode n’est pas nouvelle, elle naît d’une infiltration, dans les années 1970, des conceptions de l’enseignement par les tribulations intellectuelles qui ont produit l’explosion des structures académiques en 1968 – explosion des concepts bien plus que des formes : la gangue n’a point changé, en revanche le mollusque s’est métamorphosé. Au contraire, l’enfant – entendu comme celui qui n’est pas responsable de lui-même – doit observer certaine humilité, respecter la distance qu’impose la verticalité ; or c’est précisément cette verticalité qui est mise à mal au profit d’une illusion d’horizontalité, depuis longtemps, dans les établissements scolaires (les collèges, les lycées). Collégiens et lycéens sont invités à « laisser faire, laisser dire », au mépris parfois de la gravité, de la solennité des enseignements.

Apprendre à construire son opinion, avant de l’exprimer, demande du temps et précisément, c’est l’objet de l’enfance. Nul ne peut prétendre faire de la politique sans l’étoffe culturelle nécessaire ; que d’individus ont été vilipendés pour avoir fait la preuve d’une inculture manifeste, d’une imbécillité criarde ! Eric Zemmour n’est certes pas l’étalon polymathe dont la France pourrait s’enorgueillir, cependant il est systématique de le voir entouré d’idiots sur les plateaux de télévision, où il lui est très facile de briller et rayonner.

La victoire de la gauche est celle-ci : le rayonnement par l’inculture et l’ignorance ; l’affaissement généralisé du niveau scolaire produit des conséquences au-delà des bancs du collège et du lycée. Les incultes doivent se taire. La verticalité doit revenir dans l’éducation, tant du côté des structures que des « usagers », c’est-à-dire les élèves. La seule rébellion possible du collégien ou du lycéen face à son professeur est la réponse qualitative : lire, s’instruire, se former, se cultiver, dans le silence et la discrétion s’il le faut, mais toujours avec la résolution des justes.

 

Quelle action politique auprès des « Jeunes » ?

Ne rien faire nous expose au délitement d’une base militante en devenir ; la question du militantisme « de droite » se pose en dehors de cette discussion. Cependant, contre l’idée que « ne rien faire » conduirait à la « castration » du « jeune patriote », il faut opposer l’argument suivant : c’est justement l’absence de formation et le déni culturel qui précipite et conduit vers le prêt-à-penser, vers l’absence d’esprit critique, vers l’étoffe minimale qui fait la ruine intellectuelle de tout homme politique en devenir. La culture est la protection nécessaire à toutes les dérives, dans l’action, qui conduisent à l’infra-politique, à cette mode qui voudrait que les bouffonneries numériques suffisent à nourrir les « combats de demain » au mépris des enjeux d’aujourd’hui.

L’action peut et doit venir d’abord du jeune lui-même ; sans envisager une formation à la polymathie qui serait trop ambitieuse, il est impératif de questionner son rapport à la culture ; il faut reprendre à son compte l’analyse de Bourdieu pour dresser le constat suivant : la culture, l’érudition, le savoir sont devenus des apanages d’une élite qui ne se laisse pas séduire par les sirènes de notre temps et qui préserve ses enfants de toutes les distractions futiles. Ces distractions futiles ne sont pas seulement les loisirs permanents, ce sont aussi les vues de l’esprit décrites plus haut.

La lecture est une activité qui forme sûrement et durablement ; il faut orienter ces lectures pour construire le socle d’une formation politique acceptable. Un jeune qui lit Maurras et se le fait expliquer fera plus pour la France qu’un jeune qui « lâche un pouce bleu » sous une vidéo du Raptor Dissident.

Auprès des jeunes, notre rôle doit être celui du « documentaliste », pour leur confier les secrets d’une méthodologie trop souvent méconnue. Entrer dans le « livre », se former, lire encore, apprendre toujours davantage : tel est le véritable accès aux livres, aux savoirs, tel est ce chemin qui conduit à la connaissance, à la culture, à tout ce qui n’est jamais ni dérisoire ni accessoire.

Cette nourriture est essentielle pour construire la force de frappe en politique. Plus je lis, plus je sais distinguer le vrai du faux, plus je nourris mes discours de l’étoffe et du relief nécessaire. Ainsi, notre action est toute trouvée : former et instruire, pour protéger et anticiper.

 

Comment encadrer l’éveil politique sur Internet ?

Nombre de jeunes ont connu les serveurs politiques et plus généralement la « politisation » par le biais inévitable de l’Internet. Les vidéos d’Alain Soral, du Raptor, d’autres figures de la « fachosphère » ont fait beaucoup pour la manifestation visible des déterminations politiques, sans pour autant fournir le socle d’une formation solide, régulière, pérenne à ces nombreux « jeunes ». Qu’apprendre d’une vidéo du Raptor, d’une vidéo d’Alain Soral ? Plusieurs personnes ont évoqué l’expérience d’une révélation, d’un accès à l’au-delà de la pensée unique par le média de ces vidéos et autres zones de turbulences idéologiques disponibles sur Internet et qui offrent une voix dissonante sur la Toile – infestée par la gauche idéologique.

Prenons pour exemple le discord des Insoumis : d’aucuns y ont constaté une grande « ferveur » à l’égard du projet de la France insoumise, le discours est rôdé, huilé, cependant en dehors des clous de la feuille de route, il y a peu d’épaisseur, peu de densité. Les jeunes présents parmi eux semblent répondre à l’appel des « minorités et causes perdues », tandis que sur la Relève de France, les jeunes gens viennent plutôt chercher un point de vue original, un « panorama » différent de ce que leur monde quotidien leur propose. Il y a l’esquisse d’une « réaction ».

Toutefois, s’il paraît évident que la toile est le lieu privilégié de notre action, comme en témoigne ces débats hebdomadaires, faut-il s’y cantonner ? La participation active sur internet ne présage en rien des résultats obtenus dans la « vie réelle ». Certains affirmeront même qu’on se meurt à petit feu sur internet, quand on s’y tient sclérosé et tout enkysté de paresse. Des rencontres concrètes, une certaine socialisation, pour confronter les publics, paraît la suite naturelle aux réunions virtuelles ; cependant, le jeune militant gagne surtout à s’enrichir des plus âgés de leur culture, pour accéder aux savoirs, aux informations, au fonds culturel de la droite réactionnaire, par exemple. De ces constellations peut aboutir l’unique alternative viable à la confluence des bouffonneries de la droite « spectacle ».

Tous les témoignages conduisent à ces perspectives : de nombreux jeunes ont quitté la passivité idéologique proposée par le « vivre-ensemble » institutionnel au contact de la droite réactionnaire : il convient donc d’accompagner cette prise de conscience en diffusant au plus grand nombre les éléments factuels et les informations qui abondent dans le sens des combats que nous menons. Il n’est nul besoin de travestir la réalité, d’habiller le discours des oripeaux de la parodie pour convaincre. L’impeccable présentation des faits suffit, pourvu que ces faits soient avérés – reste la question du choix des faits à présenter : où appuyer pour convaincre, et que montrer ?

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