Mœurs, pornographie, licence

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Quelle conduite adopter en qualité de nationaliste ? La prostitution, la pornographie, la licence peuvent-elles trouver une place dans une société patriote et réactionnaire ? L’actualité nous offre l’occasion d’une réflexion sereine sur des sujets trop souvent traités avec hystérie, trop souvent défaussé. Osons regarder ce monde tel qu’il est.

 

Tour de table

 

Ces questions intéressent l’intégrité morale du patriote. Quelle place pour la conduite personnelle, au-delà du combat militant ? L’ascèse patriote est-elle à géométrie variable et, sous prétexte de ne point faire la « police des braguettes », faut-il exclure ces attitudes du champ de nos exigences ? Spontanément, l’indication est claire : ne pas consommer de pornographie, ne pas fréquenter les prostituées, éviter toutes les sirènes de la sensualité « malsaine », pour faire ici un emploi barrésien de ce qualificatif. L’essence même des valeurs de la droite, de la réaction et du patriotisme invite à l’exemplarité : s’élever loin au-dessus de la médiocrité, c’est bien évidemment résister aux faibles saveurs de la gourmandise, aux vains abîmes de la voracité.

Le contrôle exercé par tout individu sur ses pulsions et ses appétits tient à l’éducation qu’il reçoit ; se pose alors la question de la distribution de ce fonds de valeurs, toutefois il convient également d’interroger, s’agissant de la prostitution, une pratique malheureusement séculaire et d’apparence inéluctable. Dans quelle mesure l’État peut-il contrôler les appétits sexuels de la population et lutter contre « le plus vieux métier du monde » ? D’aucuns ont avancé que le politique n’a pas son mot à dire en la matière, cependant l’argument a été rapidement balayé.

De toutes les vertus, la pureté est peut-être la plus difficile à comprendre. Il faut réfléchir et mûrir cette expérience, pourtant, sinon nous ne saurions ce qu’est l’impur. C’est le plus souvent une expérience hostile, extérieure – la pureté, l’impureté de l’autre ; mais l’obligation d’exemplarité imposent de se questionner soi-même et d’interroger sa place au monde. En va-t-il de la pureté comme du temps selon saint Augustin, moins on m’interroge, plus je sais ce qu’elle est, et plus on me demande de l’expliquer, moins je sais ce qu’elle est ? La pureté morale serait une évidence ou un mystère. En fait de mœurs, toutefois, n’importe quelle lecture prolongée des pages « faits divers » peut susciter la révulsion. La surenchère est manifeste en faveur du vice. Il faut condamner ces dérives, se poser en foyers individuels de rayonnement moral et civique.

Une unanimité se dégage contre la pornographie : ce moyen de divertissement ne rend pas les gens heureux. Il faut noter qu’à l’accroissement de la consommation pornographique s’associe, étonnamment, une médicalisation grandissante des problèmes constatés. Outre que la relation au corps de l’autre apparaisse, désormais, comme de plus en plus abîmée et pervertie, les dysfonctionnements observés au sein de couples, que les problèmes d’ordre physique touchent de plus en plus, suscitent une réponse décevante en ce qu’elle s’intéresse aux symptômes individuels sans questionner l’enjeu de salubrité publique. Faut-il s’étonner de voir tant de maris aujourd’hui incapables d’honorer leur épouse ?

Il est superfétatoire d’opposer à la morale chrétienne un « fonds d’éthique patriote » ; en France, c’est une coquetterie ridicule, une faiblesse, en ce que la morale chrétienne, catholique, n’offre rien que ce que le bon sens commande en la matière. Les jeunes gens ont le devoir de se préserver en vue du mariage : quel parent serait en désaccord avec cette prescription, cette invitation à la prudence ? De la prostitution, retenons que la discussion mériterait toute une parenthèse sur l’immigration et son rôle dans l’approvisionnement (sic) d’un marché honteux et condamnable. Ainsi, Soljenitsyne disait justement qu’« on asservit les peuples plus facilement avec la pornographie qu’avec des miradors ». L’invitation à la plus grande vertu, l’idéal à suivre, doit inviter à la meilleure des conduites.

Il convient d’interroger le rapport entre la politique et les mœurs. Entendons les mœurs comme conduites sociales et cet ensemble de règles coutumières qui encadrent et codifient ces conduites. De l’état des mœurs dépend la cohésion sociale. Selon certains, le politique doit intervenir pour garantir un certain « ordre moral », en bannissant les mœurs relâchées et corrompues quand celles-ci menacent l’ordre public » ; mais la loi doit-elle agir sur le contenu des mœurs ?

Cette préoccupation n’est pas neuve. Elle prend une dimension nouvelle au XVIIIème siècle, quand émerge l’ébauche d’une volonté de forger un homme nouveau, ce qui impliquait nécessairement d’aller plus loin encore dans le souci de réformer les mœurs. Il ne s’agissait plus de façonner des manières, de modeler des conduites, il s’agissait bien désormais de forger l’homme intérieur. La seule obéissance civile ne suffisait plus, ni le respect des contraintes sociales : il fallait encore opérer des métamorphoses internes, pour chercher dans le cœur de l’homme la garantie de sa conduite.

C’est la grande idée rousseauiste : il ne suffit pas que les gouvernés obéissent et se plient à l’autorité, il faut encore leur faire « aimer les lois et les gouvernants » ; or, pour que l’autorité pénètre le cœur des gouvernés, il faut former le citoyen vertueux et préserver les bonnes mœurs. Aux XVIIIème et XIXème siècles, l’idée prévalait que les mœurs sont la résultante de l’économie : alors que la misère conduit au vice, l’aisance est facteur de moralité. Aujourd’hui, nous constatons que les élites – tous ces individus montrés en exemple, les vedettes, tous milieux et genres confondus – participent d’une opération contraire : loin d’être les dépositaires scrupuleux de la « bonne morale », ces nouveaux grands ont renoncé à ce rôle modélisateur pour « jouir sans entrave » et inviter, par leur exemple, toute la société à leur suite. Si l’ennemi est intérieur, ne négligeons pas l’impact et l’importance de ces adversaires.

Quelle place dans le débat pour le réalisme ? La prostitution serait, aux yeux de certains, un outil de « décompression sociale » ; s’il est impossible de mesurer les effets d’une interdiction pleine et effective de la prostitution sur la société, il n’en demeure pas moins nécessaire de s’interroger. De la même façon, comment normaliser, encadrer la pornographie ?

 

Les mœurs ou le miroir d’une société brisée

En matière de mœurs, remarquons la nécessaire distinction des hommes et des femmes. Le rapport entre promiscuité sexuelle et dépression, chez les femmes, est très fort, alors qu’il est très peu élevé chez les hommes. Spontanément enclins à la tolérance envers les hommes volages, nous le sommes résolument moins à l’égard des demoiselles. Sans doute songeons-nous aux risques de grossesse non désirée, de maladies sexuellement transmissibles, au déclassement social, etc. Toutefois, il ne s’agit pas d’institutionnaliser ce principe ou d’en déduire des règles de conduite propres à chacun des deux genres : la prescription morale concerne tant l’homme que la femme, mais le réalisme impose de mieux protéger ses filles que ses garçons, car celles-ci sont les plus vulnérables.

L’éducation à la rigueur est un impératif moral. La capacité à se réformer de l’intérieur est une exigence pour soi qui conditionne une vision pour la société. Que penser des féministes qui font une critique de la pornographie et propose la création et la diffusion d’une pornographie pleinement féministe ? C’est le serpent qui se mord la queue. À rester dans le marécage, on en respire longtemps les effluves, et s’y enfoncer toujours plus n’en sauve pas. L’indignité guette quiconque prétendrait possible l’existence d’une pornographie tout à fait respectable et noble ; invoquer les frustrations et les boulimies pour refuser l’ascèse est constitutif d’un mensonge.

L’éducation à la sexualité ne doit pas se résumer à la découverte de la masturbation ; c’est même tout l’inverse : savoir se contrôler, savoir se discipliner, s’imposer des limites, des impératifs, tel est le chemin qui conduit à la vertu, au rayonnement moral. Comment se poser en exemple, quand on n’est soi-même irréprochable ? Il ne s’agit pas même de « poser », d’affecter des postures, il s’agit de répandre les prescriptions les plus socialement acceptables, utiles, louables. L’enfant qui n’a pas été soumis à l’ennui et à la frustration devient capricieux et volage. L’adulte réactionnaire et patriote doit s’imposer de ne pas répondre systématique à ses désirs et ses envies par l’immédiate satisfaction.

D’aucuns ont avancé que la pornographie pourrait agir à la manière de la catharsis. La catharsis, chez Aristote (Poétique, VI et VIII), c’est la purification de l’âme du spectateur par le spectacle du châtiment du coupable. Au théâtre, on désigne ainsi la purification de l’âme, la purgation des passions du spectateur par la terreur et la pitié qu’il éprouve devant le spectacle d’une destinée tragique. Cependant, cette notion a suivi les fluctuations du temps et, trop souvent, nous l’employons pour désigner le plaisir, le ravissement esthétique éprouvé par le spectateur grâce à la dérivation causée par les sentiments éprouvés devant ce qu’il regarde.

La pornographie n’offre aucun sens tragique, ne propose aucune esthétique viable. Il faut préférer l’éducation à la modération et à la tempérance ; car la consommation conduit à une spirale dont l’issue se perd dans le brouillard de découvertes toutes plus abjectes les unes que les autres. De plus, s’agissant du plaisir, notons que la « tragédie » était une manière de conjurer nos propres désirs, de renforcer notre vertu morale pour conserver notre bonheur. La tragédie n’est pas une paideia (en grec, éducation), elle ne forme pas le caractère, cependant elle est un certain apprentissage, une certaine mathêsis (en grec, science), qui nous révèle ou nous rappelle ce que nous avons secrètement le désir de faire malgré notre constitution vertueuse.

Cela permet une catharsis : le fait de se voir lui-même commettant les pires forfaits permet au spectateur de se libérer de ses désirs de toute-puissance, de l’hybris (en grec, démesure). C’était l’objet de la tragédie : se voir commettant ces crimes, en ne les accomplissant pas. L’enjeu était ce plaisir d’échapper à ces actes de folie qui mènent l’homme à tomber dans le malheur, à sortir des frontières de l’humain. Or, rien de tel n’est proposé par la pornographie qui n’offre qu’une illusion, un paravent pour ceux qui se retrancheront derrière l’excuse : « il faut bien que le corps exulte ». C’est une illusion dangereuse, car à l’élévation consécutive de la catharsis, la pornographie prétend substituer la faiblesse coupable, la solitude des ténèbres où s’engloutissent les dernières vigueurs de l’âme. Doit-on évoquer ici les problèmes médicaux et les déplorables dépendances que suscite la consommation de la pornographie ? Il n’y a rien à sauver de ces eaux saumâtres.

 

Faut-il interdire ou s’interdire la pornographie, la prostitution ?

La position paraît excessive, pourtant le constat est sidérant : la pornographie expose au pire de ce que l’imagination peut produire. Le phénomène n’est certes pas nouveau. Le bon sens comme la morale nous inclinent à considérer l’interdiction de la pornographie comme un objectif. La pornographie déshumanise la relation à l’autre autant qu’elle sexualise les relations – toutes les relations. Le sexe devient à l’écran comme un sport avec ses compétitions, une chasse avec ses trophées, une drogue avec ses niveaux de dépendance, une « religion » avec ses divinités et ses fétiches.

La part de la chimie est importante dans la course au « mieux » de la pornographie, c’est-à-dire au « toujours plus excitant », ce qui peine à masquer les catastrophes sociales que deviennent les individus aux comportements peu raisonnables en la matière. Tensions familiales, divorces, de nombreuses études font état de ce que la famille s’efface bien souvent derrière l’impératif pornographique ; et que dire alors du pornographe qui utilise sa propre famille pour assouvir ses désirs, par diverses sévices sexuels et l’inceste ?

Les plus audacieux diront, tout simplement, qu’il existe une « mauvaise pornographie » : répétitive, normative, misogyne, grossière, etc. Ils opposeront une « bonne pornographie » : créative, libertaire, attentive aux désirs des femmes, ouverte aux « pratiques sexuelles minoritaires », etc. La première contribue à la perpétuation d’un certain « ordre moral sexuel » (sic), particulièrement dégradant pour les femmes et les minorités, tandis que la seconde permet la libération, l’émancipation. C’est là une vue de l’esprit particulièrement dangereuse, dont les développements corrompent le discours et la pensée autour de la pornographie. Il ne peut exister de contenu indépendant de son médium.

L’intérêt de la censure est d’empêcher la consommation de pornographie, ce qui réduirait son impact social. L’homme de droite doit se satisfaire de cette seule solution et ne céder en rien aux sirènes du relativisme. Les exigences ne se discutent pas : au vide, on ne répond par le vide. Le bon sens populaire prescrit un impératif de discrétion autour de ces questions ; la pratique, ici coutumière, n’est pas neuve, elle s’inscrit au cœur de ce que nous sommes. Il faut suivre les intuitions qu’elle inspire.

Traditionnellement, la pornographie apparaît bien encadrée socialement dans le « monde des adultes » et considérer comme une forme de déviance. Certes, autrefois, des adolescents arrivaient à se procurer les documents érotiques ou pornographiques. L’initiation sexuelle se faisait souvent au moyen d’une consommation clandestine de magazines. La pornographie n’en paraissait pas moins appartenir à un monde à part, bien reléguée dans les quartiers « chauds » des grandes villes, dans les étagères interdites de certains kiosques : la géographie plaçait la pornographie à la marge ; cette position symbolique n’est jamais anodine.

La déviance était tolérée dans les faits, mais le plus loin possible. La situation a changé avec l’apparition et le développement des nouvelles technologies de la communication. Les barrières qui enfermaient la pornographie dans un secteur marginal sont tombées. Elle est entrée dans le domicile familial par le biais de la télévision, de l’Internet, de la vente par correspondance. Elle occupe désormais une place trop importante dans la vie quotidienne. Les premières victimes de cette intégration de la pornographie au domicile familial sont bien sûr les mineurs, les enfants. Ils sont souvent plus habiles que leurs parents dans le maniement des nouvelles technologies de la communication – on peut s’interroger, sera-ce encore vrai dans une génération ?

Ainsi, l’accès à la pornographie ne demande plus le même type d’efforts, de déplacements vers les zones sensibles et honteuses des villes ou des magasins. Cette facilité d’accès a banalisé la pornographie, plus accessible désormais aux femmes et aux mineurs, tandis que les quartiers chauds sont parfois devenus des lieux de visite pour les touristes en goguette.

Cette entrée de la pornographie dans la vie quotidienne, très intrusive, s’inscrit dans un mouvement global d’érotisation de la culture contemporaine. Les médias, la publicité, la littérature, tout participe de ce mouvement, tandis que l’explosion pornographique révèle les dimensions implicites de cette atmosphère. Faut-il se rassurer des enquêtes qui font apparaître une relative banalité de la vie sexuelle quotidienne pour la majorité de la population ? Il faut mettre en balance la vie érotique plus diversifiée d’une minorité de la population, estimée à moins de 10% de la population, qui fait le terreau de toutes les déviances. L’interdiction de la pornographie, d’un point de vue strictement technique, est un faux problème : des moyens existent et des exemples sont à suivre ; le cas de la Chine a ainsi été mentionné.

Le rôle des parents apparaît ici dans toute sa nécessité. S’il convient d’observer avec beaucoup d’enthousiasme l’émergence de futurs parents « de droite », il faut aussi constater la solide implantation culturelle de nos adversaires idéologiques qui ne lésinent sur aucun moyen pour inviter à « jouir sans entrave ». La pornographie n’est jamais anodine. Elle viendrait suppléer le déficit de l’érotisation des relations entre les sexes, qui amènerait les hommes et les femmes à rechercher des sensations et des émotions dans un monde imaginaire plus conforme à leurs désirs.

C’est précisément ce mouvement de mise en conformité du réel avec les désirs, qui deviennent des impératifs, que l’homme de droite doit condamner et réprouver. Dans les années 1990, on se demandait si la pornographie n’allait pas aboutir au développement d’une activité sexuelle fantasmatique et masturbatoire marquée par un repli sur soi. Dans les années 2000, on se demandait si la surconsommation de pornographie n’allait pas alimenter le fléau des violences sexuelles. Aujourd’hui, on se demande si la pornographie ne contribue pas au développement des individus et ne constitue pas un moyen comme un autre de s’initier à la sexualité. Ce basculement des valeurs est dangereux.

Citons, pour mémoire, que ce sujet est étroitement en lien avec un autre, celui d’une génération totalement enfermée derrière les écrans ; il faut lutter contre cette pesanteur sinistre et revendiquer un véritable hygiénisme mental. La lecture de Michel Desmurget (TV Lobotomie) est indispensable pour se convaincre enfin qu’il n’est aucune mithridatisation possible : il faut avoir conscience des limites biologiques du corps humain devant la puissance de la technique.

Un non moins large consensus s’ouvre concernant la prostitution. Toutefois, quelques voix s’élèvent pour réclamer une législation, un strict encadrement de la pratique, pour garantir la sécurité des filles malheureuses, notamment sanitaire ; toutefois, il faut prescrire l’interdiction du recours aux prostituées. Il faut aussi lutter sans détour et sans scrupules contre l’immigration et les réseaux de la prostitution industrielle, qui sont un esclavage insupportable. Faut-il pour autant « fonctionnariser » la prostitution ? La question est mal posée. Les moyens pour interdire effectivement la prostitution ne sont pas mis en œuvre en France où la pratique jouit d’une tolérance tout à la fois hypocrite et malveillante à l’égard des malheureuses. En effet, ce sont en France les communes elles-mêmes qui vont interdire la prostitution à certains endroits de leur territoire, sur la voie publique et dans les endroits assez fréquentés (centres, parcs). Ces limitations sont établies par des arrêtés.

Ces limitations se résument à des restrictions : la mairie d’une ville ne peut pas totalement y interdire la prostitution, ce qui est communément admis depuis un arrêt de la Cour de cassation du 1er février qui dispose que la réglementation de la prostitution « ne peut aboutir à une interdiction générale absolue ». (Cass. Crim., 1er février 1956, n°56-03.636). Parce que le maire détient des pouvoirs de police, il lui est permis d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Les circulaires du ministère de l’Intérieur avancent parfois la « moralité publique ». Notons toutefois que la prostitution « en soi », ne peut constituer un trouble à l’ordre public selon la chambre criminelle de la Cour de Cassation (Cass. Crim., 25 mai 2005, n°04-84.769). Notons d’ailleurs que cette jurisprudence est antérieure à la législation du 16 avril 2016 qui supprime le délit de racolage. Nous constatons donc que tout n’est pas fait pour lutter efficacement contre cette pratique, peut-être pour des raisons d’ordre social.

 

« Liberté n’est pas licence »

Montesquieu écrivait dans son Esprit des Lois (1748) que « les mœurs du prince contribuent autant à la liberté que les lois » ; des mœurs du prince dépendent les conduites sociales des sujets. Il dépend de lui de « faire des hommes des bêtes, et des bêtes faire des hommes ». Revenons-y, la place reconnue aux mœurs par le politique n’a pas toujours été la même, cependant la thématique est incontournable en philosophie, puisqu’elle est déjà présente chez Platon. Hobbes évoquait ces « qualités des hommes qui intéressent leur cohabitation pacifique » dans son Léviathan (1651), cependant, il n’est pas certain que les élites, aujourd’hui, aient mémoire des réflexions philosophiques autour des mœurs.

Admettons ici « les élites » comme le groupe minoritaire et bigarré, composé de gens qui, du fait de leur naissance, de leurs mérites, de leur formation, de leur situation sociale et politique sont reconnus comme les plus aptes soit à occuper les premières places de la société à laquelle ils appartiennent, soit à « donner le ton », c’est-à-dire à poser en exemple leur mode de vie, leurs façons d’être au monde. Sous l’Ancien Régime, sous la République et l’Empire au XIXème siècle, le souci est constant : garantir l’ordre public par la vertu des conduites, d’où la nécessaire exemplarité des élites. La parenthèse est close, le paradigme s’est inversé.

Le pâle triomphe que fut « Mai 68 », consacrant pour longtemps le « jouir sans entrave » et « l’interdit d’interdire », produisit sur tout une génération l’effet de Salamine : Athènes triomphe des Perses et se corrompt. L’arbitraire des conduites a corrompu l’exercice du pouvoir et de l’influence.

Nombreux sont les hommes politiques à traîner derrière eux leur cortège d’affaires de mœurs, mais ils ne sont pas les seuls, et l’extrême sévérité que nous avons collectivement pour eux se mue, hélas, en tendre indulgence à l’égard de ces vedettes qui sont autant de maroufles et gourgandines. Or ces vedettes sont les étoiles d’un ciel qui ne tient qu’une promesse : le vide.

Confits dans le gras de la paresse intellectuelle, de la gourmandise des sens, de l’orgueil des banalités, ces élites offrent un piteux exemple et si le bon sens commande à leur égard le mépris et le rejet, il est à craindre que les plus vulnérables esprits – ceux de nos enfants – ne se gaspillent en vaines imitations. Il faut leur enseigner, avec Simone Weil – la philosophe, pas la politique – que « l’amour n’exerce ni ne subit la force ; c’est là l’unique pureté » et c’est nécessairement ce que l’aiguille de notre boussole doit indiquer.

Croyant comme athée, l’homme de droite doit se souvenir de cet avertissement : « prenez garde qu’on ne vous séduise » (Luc XXI-8). Nul ne se bercera d’illusions, cependant la faiblesse de l’homme n’est jamais une excuse pour transiger avec les exigences de la vertu. La quête de la pureté morale doit nous inviter à la plus vive introspection, car le premier des actes militants, c’est l’exemple qu’on donne.

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