Les patriotes et le sport

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Les exigences culturelles et spirituelles du patriote ont-elles leur pendant physique ? Le corps du réactionnaire est-il un élément de son combat politique ? Les paresses individuelles sont-elles excusables ? Aucune paresse n’est acceptable et nous ne pourrons qu’enjoindre tous nos lecteurs à la plus âpre discipline. Ce fut l’objet de la discussion ce soir.

 

Tour de table

Le sport est l’un des derniers espaces où le patriotisme s’exprime sans complexe – encore que d’aucuns y trouvent à redire, quand les drapeaux agités par les athlètes ou le public sont ceux de nos régions ou de notre pays. Prendre soin de son corps apparaît comme une évidence. Revenons à l’étymologie de ce qu’est un athlète ; dans l’Antiquité, ce mot désignait celui qui s’exerçait à la lutte ou au pugilat ; il nous provient, selon le Littré, du grec ἀθλητὴς, lui-même dérivé du mot ἄθλος, le combat et la lutte. S’il s’agit d’incarner l’idéal du patriote, il convient de prendre soin de son corps. L’exercice physique joue là un rôle essentiel. La « contre-révolution » nationale et réactionnaire doit se conduire sur le plan intellectuel comme sur le plan physique. Quel avenir pour l’homme qui ne s’oblige pas à la nourriture saine, à la pratique sportive, à la musculation, pourquoi pas à d’autres plans de formation plus intenses encore ?

Toutefois, le sport ne se limite pas à la définition du muscle : il s’agit d’observer une activité physique régulière et de se bien alimenter. Certains condamneront la culture du beau, la culture du corps, quand être athlétique se résume à aller à la salle pour « gonfler » et correspondre aux critères de la beauté qui nous sont proposés par les prospectus et les magazines. S’il est important de s’orienter vers les modes de vie les plus sains, s’il convient de soigner sa vigueur et sa santé, il faut s’épargner l’écueil d’une quête narcissique et dévoyée de « soi ». Le culte du beau corps, de la jouvence, de la vigueur, en lien à l’imagine de la virilité, conduit parfois aux dérives les plus abjectes ou les plus ridicules.

L’ascèse anthropométrique doit nous conduire à l’idéal esthétique que précède l’idéal vertueux, car le sport suppose des enjeux mille fois plus importants : la discipline, la sobriété, la rigueur. La prééminence des exigences spirituelles n’a pas fait débat ; nous avons considéré que celles-ci vont de pair avec les exigences physiques. « Mens sana in corpore sano » (Juvénal, Satires, X) est à comprendre comme une invitation au cercle des soins donnés au corps comme à l’esprit : il n’est aucune linéarité déterminative ; observons-là plutôt une chaîne circulaire de la santé du corps à la santé de l’esprit et réciproquement. La paresse est cette propension à ne rien faire, cette répugnance au travail, à l’effort physique ou intellectuel ; elle est la faiblesse de caractère qui porte à l’inaction comme à l’oisiveté.

Elle est une disposition individuelle qu’il convient de combattre, en dépit de toutes les sirènes contemporaines qui voudraient nous endormir dans la paresse, pour assécher notre mérite. Le sport est aussi ferment de lien social ; il est même parfois l’unique espace de socialisation pour des familles, car les espaces publics, l’école, la paroisse, le quartier, le village ou la ville ne sont plus ces lieux où les gens se croisent, se rencontrent, discutent et tissent des liens.

Le patriote et réactionnaire doit savoir utiliser le sport et, plus précisément, les associations et institutions sportives, locales par exemple, pour s’enraciner et, de cette position, rayonner pour diffuser le parfum de ses idées. La force doit se voir, sans excès ni besoin de violentes démonstrations : elle apparaît alors comme une garantie contre la barbarie.

Méfions-nous des exhortations à l’acceptation de la diversité physique. Dans d’autres pays, nous voyons s’organiser quelques activistes en faveur d’une plus large inclusion des personnes obèses dans la sphère publique : celles-ci seraient discriminées par la société hygiéniste, car il existe une injonction à la bonne santé qui exclut les personnes grosses et en surpoids, puisqu’il est coutumier de considérer qu’on ne peut être en bonne santé quand on est obèse ; poussé très loin, ce relativisme singulier assure qu’on peut être en bonne santé peu importe sa taille ou son volume. Ira-t-on dire au fumeur, qui n’est point encore atteint d’un cancer et dont les poumons sont abîmés, qu’il est en bonne santé, qu’il mène un mode de vie sain ? Nous ne pouvons transiger.

L’hygiène de vie, l’hygiène alimentaire sont des disciplines individuelles, mais leurs bienfaits collectifs sont évidents. S’il faut se montrer tolérant et patient à l’égard des individus, il faut condamner avec virulence ces invitations à la paresse : le refuge du déni n’est pas une excuse. Modérer ses désirs, réprimer ses pulsions : c’est l’enjeu de l’ascèse.

Par l’exemple, le patriote, le nationaliste, le réactionnaire, que nous confondons en un même modèle, doit inspirer les autres à améliorer leur mode de vie. Il doit se garder des dérives narcissiques qui caractérisent certains milieux ; d’aucuns y voient l’influence de la communauté homosexuelle et ont étrillé le virilisme qui nuit à la virilité. Encouragés par l’habitude des réseaux sociaux et leurs codes qui font de l’image une icône, ils s’éloignent des réels enjeux que l’engagement personnel à la discipline du corps et de l’esprit suppose. Quand le corps de l’homme et le corps de la femme ne sont plus réduits qu’à l’état d’objet de désir, quelle place reste-t-il pour l’écho spirituel de la discipline physique ? Pourtant, il ne s’agit pas de condamner « la salle de sport » et les différents clubs : s’y développe un esprit de camaraderie et un lien social dont le patriote sait pouvoir bénéficier.

 

La santé du corps pour le bien de l’esprit

« Un esprit sain dans un corps sain », le vieil adage latin semble avoir retrouvé ses lettres de noblesse : on ne compte plus les invitations à considérer le corps et l’esprit comme contenant et contenu. Les encarts publicitaires oublient trop souvent que l’épanouissement de l’âme et de l’esprit n’est possible qu’à la condition de se développer dans un corps lui aussi épanoui et sain. Les anciens Romains, qui proposaient une vision de l’être humain plus unifiée et harmonieuse que celle qui caractériserait l’Europe médiévale, s’attachaient à l’unité fonctionnelle du corps et de l’esprit.

Le citoyen ne s’accomplissait qu’au contact du « gymnase », lieu de formation pour les activités sportives autant que pour les activités intellectuelles : la littérature et la philosophie. Prendre les armes et défendre sa patrie doit aller de pair avec la connaissance des auteurs, poètes et artistes qui ont contribué au patrimoine culturel français. Et ailleurs, à lire les Anciens, un certain Eschyle, alors âgé de la trentaine, s’est distingué lors de la bataille de Marathon en 490 avant Jésus Christ : le tragédien était déjà réputé pour son courage et sa valeur militaire ; dix ans plus tard, il participera à la bataille de Salamine. D’une certaine façon, la société de consommation a libéré le corps d’une double symbolique : source de péché et lieu d’expiation nécessaire.

La privation, la souffrance et le travail ne sont plus des impératifs et les chemins du plaisir se sont ouverts. Le corps est même devenu vecteur de nouveaux « soucis » : se protéger de la douleur, se rendre la vieillesse la moins difficile possible, s’éloigner de la mort sous ses formes dérivées, mais aussi se donner du plaisir, se modeler pour plaire et susciter le désir, etc. Les anciens régulateurs, désormais absents ou en veille, n’assurent plus leur fonction : le corps se trouve partagé entre le déséquilibre et la précarité. Quel sens donner au plaisir, à la souffrance ? Notre époque, sans le dire, a jeté l’encens du sacré dans l’image ; le corps en est le premier réceptacle et le risque apparaît de diviniser le corps au mépris de l’esprit.

Or, nous devons constater que c’est de plus en plus la paresse et la facilité qui s’érige au-dessus des individus comme le Veau d’or nouveau. Nombreux sont ceux que l’activité intellectuelle indiffère, plus nombreux encore sont ceux que l’activité physique effraie, inquiète, ou lasse d’avance. Le confort a malheureusement entraîné les uns et les autres au credo du « moindre effort ». C’est ἡδονή, désormais, qui semble commander aux actions de l’homme et l’effort physique paraît difficilement compatible avec une vie de plaisir, de douceur et d’insouciance. Paradoxalement, d’un côté, le corps et l’esprit sont toujours maintenus comme deux entités distinctes, et d’un autre côté, ils sont réunis dans le même panier de ces « matières » difficiles dont l’individu se détourne, pour préférer des choses plus agréables et faciles. Le plaisir, devenu le « primus movens », conduit l’homme à se détourner de la discipline, car il constitue l’alternative concrète à la promesse du bonheur.

Il ne s’agit pas ici de persifler contre le plaisir. L’exercice physique peut être une source de plaisir à différents niveaux : plaisir-fonction, et plaisir neurophysiologique. Balayons ici la question de la décharge d’endorphines au moment où le sportif s’approche d’un certain niveau d’effort. Le plaisir-fonction, qui puise dans la satisfaction devant l’effort accompli et l’impression d’aboutissement, nous paraît plus intéressant. L’activité physique, qui est aussi activité agonistique, pousse l’individu à confronter ses limites par l’effort plus ou moins soutenu qu’il consent. Seul ou accompagné, il se confronte à mille regards pour atteindre la performance, l’exploit ou la prouesse qu’il s’est choisi.

C’est une discipline du corps autant qu’une discipline de l’esprit que le patriote doit mettre à son profit comme au profit de sa cause. Qu’il ait des comptes à rendre au cours d’une compétition ou qu’il s’impose la pratique sportive par goût et choix personnels, il doit toujours considérer qu’à l’enjeu physique se trouve irrémédiablement lié l’enjeu intellectuel et moral. Les paresses individuelles ne sont pas permises. C’est le sens particulier de l’expression « épreuve du feu ».

Dans les rites initiatiques, le feu est irrémédiablement associé à la mort et à la renaissance. Il est le moteur de la régénération périodique et nous le trouvons, le plus souvent, lié au triangle ascendant, emblème de royauté et glyphe de la force évolutive. C’est l’éclair, la flèche, la purification et l’illumination, le « prolongement igné de la lumière ». Il est intéressant d’observer ce « feu spiritualisant » pour comprendre le lexique du sport et, plus généralement, des épreuves physiques. Tout individu qui s’abîmerait dans la pratique sportive sans comprendre le lien du corps à l’esprit se fourvoierait. Osons moduler l’adage latin : « Mens sana pro corpore sano ».

 

Des choix évidents pour l’alimentation

Si le corps du réactionnaire doit être un élément de son combat politique, il convient d’interroger ce qu’il mange et ce dont il fait sa nourriture. Le poncif est connu depuis plus d’une dizaine d’années : l’acte de consommation est un acte militant, un acte citoyen. Au-delà des slogans, considérons d’emblée l’unanime injonction : le patriote doit revenir à une certaine tradition en fait d’alimentation. Il est idiot de railler le retour à la famine et aux disettes d’autrefois ; par tradition, il faut comprendre le goût de vivre au rythme des saisons et de sa région. Pour les aliments de consommation courante, il est un lien évident entre l’éthique réactionnaire et la consommation « locale ».

Déjà au XIXème siècle, certains penseurs faisaient la promotion du localisme pour tous les « produits » : emplois, industries, nourriture, etc. Rappelons qu’en 1980, l’anglais Tim Lang évoquait la notion de « food miles » que nous traduirions « kilomètres alimentaires » ; sans aller jusqu’à la rigueur mathématique d’une mesure obsessionnelle ou méticuleuse, il convient d’inviter le patriote à réfléchir à son alimentation en ces termes : veut-il vraiment consommer de la nourriture qui a fait le tour du monde avant d’arriver dans son assiette ?

Il paraît plus sain d’acheter chez son voisin ses fruits, ses légumes, sa viande, son poisson – vous saurez ainsi où va votre argent. De cette façon, le patriote enracine ses idées et ses combats : il se nourrit de la terre qui l’entoure et s’assure qu’elle demeure en santé – et il veille à la santé économique de son territoire. Les circuits-courts sont par ailleurs plébiscités par une large majorité des Français : 71% d’entre eux selon le cabinet Naturel Marketing Institute. Toutefois, la pratique reste encore minoritaire. Elle est, en tendance, en expansion : elle est pour nous une chance et une occasion de déployer le volet peut-être le moins « sulfureux » de notre corpus idéologique.

La tentation des fraises d’Espagne en plein hiver ou des tomates africaines au mois de décembre doit être combattues. Le lien de l’alimentation à la pratique physique ne fait aucun doute ; il ne doit pas faire illusion : les inclinations à la mauvaise alimentation sont les mêmes travers qui entraînent à la paresse physique. Qu’appelle-t-on mauvaise alimentation ? Les aliments « long courrier », les produits issus de serres surchauffées, de grandes fermes-usines sont à proscrire. A la mesure de ses moyens et de son budget, le patriote doit garder à l’esprit qu’il a son mot à dire en la matière et que son corps profitera des vertus de la sélection des aliments sur ces critères que nous avons évoqués : proximité et qualité de production.

De la même façon qu’un patriote se méfiera des lectures inutiles ou toxiques, parce qu’elles font perdre du temps ou confrontent à des textes de piètre qualité, qui usurpent le nom de littérature, ce patriote se refusera, autant que possible, à la consommation d’une nourriture malsaine, dangereuse et peu nutritive. Toute la documentation sur le sujet est disponible : il n’y a aucune excuse pour ne pas se repérer parmi la jungle des « produits alimentaires ». Nous ne reviendrons pas en quelques jours au modèle ancien et peut-être illusoire de la ferme autarcique ; toutefois il serait idiot de ne pas y trouver des inspirations pour adapter son mode de vie, afin de nourrir la réflexion développée plus haut : la pratique sportive n’est rien, si elle ne s’associe à la conviction qu’il faut s’alimenter « comme il se doit ».

Les habitudes du consommateur doivent également être réfléchies : le patriote localiste est-il bien sérieux quand il se tourne vers l’agriculture biologique étrangère ? L’introspection est nécessaire, la prospection aussi : cherchez autour de vous les producteurs et commerçants qui vous proposeront les produits les meilleurs, ceux qui conviennent aux critères retenus par l’éthique patriote et réactionnaire. Nous le savons : chaque plante ne peut s’adapter partout, il convient alors de refuser, au quotidien, certains aliments qui sont des gourmandises exotiques, parce qu’elles sont produites et distribuées dans les pires conditions environnementales et économiques.

Ce localisme est donc une pensée nationale, historique et ethnique, il s’oppose au multiculturalisme, au mondialisme béat : c’est la véritable écologie intégrale, seule acceptable. Elle s’applique d’abord au corps du patriote. Refusons d’abîmer nos corps comme nous refusons d’abîmer nos sols.

Pour conclure, nous pourrons regretter ne pas avoir eu le temps d’aborder cette importante question : comment motiver quelqu’un à reprendre le chemin de la salle de sport ? Nous n’insisterons jamais assez : il y a là matière à créer du lien social ; c’est la piste de réflexion que nous proposons à nos lecteurs patriotes. Prenons soin de nous-mêmes et de nos frères comme nous devons prendre soin de nos terres et de notre peuple.

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