Nucléaire et transition écologique

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Si l’énergie est aujourd’hui l’enjeu majeur des échanges internationaux et des affaires étrangères, trop souvent la discussion politique est parasitée par des considérations écologiques caractérisées par leur superficialité et leur extravagance. Nous avons souhaité nous tenir loin des candeurs émotives pour honorer ces questions du plus grand sérieux ; à la bouillie des sentiments, préférons l’eau claire des sagesses.

 

Tour de table

Commençons par inviter tous nos lecteurs à la plus grande méfiance : trop d’associations ont capté la « question écologique » à leur profit, par opportunisme. Citons, à tout hasard, Greenpeace, la fondation Hulot, et la maison-mère France Nature Environnement. Tous ces organismes et regroupements participent d’un paradigme qui condamne les modes de vie proprement respectueux de l’environnement. A-t-on entendu Yannick Jadot condamner la libre-circulation des personnes, des marchandises et des capitaux ? Celui-ci se dit contre le capitalisme financier, contre le libéralisme prédateur, mais l’étendue de son combat semble se limiter à « verdir » une situation qui, par ailleurs, suscite les prochains désastres sanitaires et environnementaux. Nous ne discuterons pas ce soir des bienfaits et des méfaits du capitalisme : nous indiquerons simplement que le « village mondial » et la « globalisation forcée des échanges » ne peuvent conduire qu’au sacrifice de toutes les considérations environnementales.

L’écologie politique et institutionnelle s’endort dans la paresse : les partis et groupes de pression ronronnent et communient dans l’illusion d’un combat eschatologique. Faut-il respecter l’environnement « pour sauver la Terre » ? Que signifie cette personnalisation de « la Nature » ? La beauté qu’on prête à « Gaïa » suffit-elle à motiver qu’on la protège ? Se payer de mots est très facile, dès lors qu’on chantonne les louanges de la Terre ; agir concrètement paraît plus immédiat dès lors qu’on identifie son intérêt aux nécessités d’un environnement le plus propre possible. Ce qui est environnant, c’est ce qui est proche. Il convient de se détacher des apories de l’écologie radicale et de se détourner des réflexions les plus immédiates en matière de politique énergétique : par exemple, les énergies durables sont-elles propres, les énergies propres le sont-elles vraiment, l’éolien et le solaire doivent-ils détrôner le nucléaire ?

Avant de questionner ce qui doit être, qui s’interroge sur ce qui peut être ? Par ailleurs, les usagers et clients sont-ils responsables de la « crise écologique » ou les prestataires, ceux qui proposent biens et services et produisent les déchets associés à tous les produits manufacturés ? Les politiques s’attaquent plus facilement aux individus-consommateurs qu’aux acteurs de cette crise – mais cela ne doit pas nous retenir d’initier une réflexion sur nos propres modes de vie et loin de moquer les initiatives comme le mouvement « zéro déchet », nous devons nous en inspirer et accepter l’invitation : renoncer à la gourmandise, n’est-ce pas grandir ? Souvenons-nous que la gourmandise tue plus de gens que l’épée.

Notons par ailleurs l’extrême opacité qui entoure les discussions politiques autour de l’énergie nucléaire. De nombreuses idées reçues nuisent à la qualité des débats. Travailler dans une centrale nucléaire, vivre à proximité d’une centrale nucléaire : cela expose en permanence à de fortes doses de radioactivité ! C’est faux : la radioactivité reste confinée dans la cuve du réacteur ; des mesures sont prises régulièrement pour veiller à ce que le niveau de radioactivité dans la centrale comme à l’extérieur reste loin en-dessous des seuils réglementaires. Les personnels sont équipés de moyens de protection et médicalement suivis, les examens sont réguliers.

D’aucuns accusent l’industrie du nucléaire d’être un secteur dépassé, qui n’embaucherait plus. C’est faux : avec ses 58 réacteurs, répartis sur 19 sites, pour fournir plus de 75% de l’électricité que nous consommons en France, ce secteur se porte très bien et le programme « grand carénage » nécessitera même des embauches supplémentaires pour les métiers de la maintenance. L’énergie nucléaire serait dangereuse et trop peu sûre. C’est faux : les installations font l’objet de plusieurs centaines d’inspections par an en moyenne, d’enquêtes parlementaires, de contrôles de la Cour des comptes. Le risque zéro n’existe pas mais tout est fait pour le limiter à la portion congrue. Les installations des centrales sont conçues pour résister aux pires scénarios envisagés. Entre 2015 et 2023, ce sont près de 720 millions d’euros qui seront investis par EDF pour accroître encore la sécurité des centrales. Il ne s’agit pas pour nous de brosser déjà un portrait idyllique de la situation : nous souhaitons simplement évacuer l’effervescence du sentiment pour nous contenter de la froideur de la raison.

 

Un manque de clarté

Le constat est accablant : les énergies renouvelables posent des difficultés pour l’environnement, ne répondent pas à la demande énergétique, contraire à l’énergie nucléaire. La lutte contre le changement climatique est devenue un élément de la discussion politique ; ce changement nuit à la préservation de l’environnement et impose une réflexion de fond sur notre rapport à l’énergie. D’où la nécessité facilement affirmée d’étaler des milliers d’hectares de panneaux solaires, d’équiper les jardins d’une éolienne, de remplacer tous les véhicules anciens par des véhicules électriques. Seuls s’y opposeront les « partisans du vieux monde » ou les « ennemis de la planète ». Plus on investira dans les énergies propres et renouvelables, mieux la planète se portera et nous, ses dignes enfants, nous en cueilleront les fruits.

Ces investissements entraîneront quelques miracles : propreté de l’environnement, richesses ruisselantes, plein-emploi. C’est à croire qu’il suffirait d’un dévouement plein et entier de nos finances publiques en faveur des « énergies vertes ». Pourtant, les difficultés ne sont pas dérisoires. Les parcs solaires et éoliens nécessitent d’énormes superficies pour être rentables et la mise en conformité des infrastructures existantes ou nouvelles ; combien de nouvelles lignes électriques devront être installées dans les campagnes pour assurer l’approvisionnement des foyers français ? Les défenseurs de l’énergie éoliennes n’ont d’ailleurs rien à répondre aux cris d’alarme en faveur de la protection des sols et de la faune céleste – l’argument peut paraître spécieux, mais il n’en est rien : combien de béton faut-il couler sous la terre pour l’érection de ces nouveaux moulins ?

Par ailleurs, notons que les éoliennes ont été pointées du doigt comme la plus grave menace pour de nombreux oiseaux rares et déjà menacés d’extinction : certains faucons, certains hiboux, certains condors. La chauve-souris cendrée pourrait disparaître.

De même, construire un parc solaire exige d’évacuer la zone de construction : comparons les superficies nécessaires, et étonnons-nous d’entendre le silence de tant de ces écologistes d’opérette sur ce sujet. Par ailleurs, l’énergie solaire et l’énergie éolienne présentent la difficulté suivante : les ressources sont discontinues et irrégulières. La nuit succède au jour, le calme à la tempête : quand la ressource tarit, d’autres sources d’énergie se font nécessaires – l’appoint devient indispensable. Le stockage de l’électricité produite par les panneaux solaires et les éoliennes, loin d’être une solution immédiate, devient au contraire un problème délicat car les outils disponibles sont limités.

On nous assure que les progrès technologiques donneront bientôt la solution mais en dépit de l’argent investi dans la recherche pour le « développement durable », ce discours s’étend maintenant sur plus d’une décennie de progrès assez faibles. Les échecs cuisants d’autres pays en la matière nous invitent à la prudence : que penser de la Californie qui doit payer ses voisins pour qu’ils acceptent l’électricité produite par ses réseaux d’énergie solaire, qu’elle ne peut stocker et conserver ?

Les grandes avancées technologiques en matière de batteries se font attendre et certains ont même émis de graves doutes quant à la seule possibilité qu’advienne ce « bond en avant ». Comment contraindre le soleil à briller plus longtemps, plus régulièrement ? Comment contraindre le vent à souffler avec la fiabilité d’un cocontractant ? C’est tout le problème des énergies dites renouvelables : produire d’importantes quantités d’électricité sur la base de flux énergétiques médiocres impose de les distribuer sur des superficies considérables. Le problème n’est donc ni technique, ni politique : il est naturel. Les écologistes auront beau promettre la réduction des coûts des panneaux solaires, des éoliennes, ils omettent de préciser que cette réduction n’est possible qu’à la condition de laisser d’immenses complexes industriels chinois assurer la production des panneaux photovoltaïques et des éoliennes.

Ces réductions ont-elles compensé les coûts occasionnés par la faible fiabilité de ces sources d’énergie ? Pas sûr. En Allemagne, entre 2006 et 2017, le prix de l’électricité a augmenté de près de 50% tandis que la part du renouvelable dans sa production d’électricité croissait. Comparons toujours la situation française et la situation allemande. Depuis la fin des années 2000, les émissions de CO2 outre-Rhin sont stables malgré plus de 500 milliards de dollars investis jusqu’en 2025 dans un réseau électrique qui prétend faire de plus en plus de place aux énergies renouvelables, pour une augmentation de près de 50% du coût de l’électricité. En France, l’émission de CO2 n’atteignait pas 10% des émissions de CO2 allemandes pour un coût de l’électricité moitié moins cher.

Qui blâmer, qui louer ? L’énergie nucléaire, en France, explique cette différence. D’aucuns diront toutefois que l’énergie nucléaire est plus chère que l’énergie éolienne ou solaire : l’argument est rapidement balayé dès lors qu’on s’intéresse aux coûts de construction initiaux et aux coûts ultérieurs de construction des infrastructures d’accompagnement – lignes électriques, barrages, batteries. Par ailleurs, la densité énergétique d’une centrale nucléaire permet d’occuper une faible superficie, quand un parc solaire, pour produire la même quantité d’électricité, a besoin d’un espace près de 450 fois supérieur en moyenne !

 

Les avantages du nucléaire

La recherche s’intéresse à la santé des citoyens et son lien à la production énergétique. De nombreuses études confirment que l’énergie nucléaire est la source la plus sûre et la plus fiable. L’uranium utilisé comme combustible dans les centrales électriques peut générer une chaleur considérable, bien plus grande que d’autres combustibles fossiles : casser des atomes libère plus d’énergie que la casse des liaisons chimiques et les atomes d’uranium se brisent sans difficultés. Simplement, les centrales nucléaires produisent de la chaleur sans feu et ne dégagent aucune pollution atmosphérique sous forme de fumée.

C’est tout le contraire des combustibles fossiles ou l’utilisation de la biomasse, car la fumée produite entraîne la mort prématurée de plus de six millions de personnes par an selon l’Organisation mondiale de la santé. En comparaison, un très petit nombre de personnes sont mortes des suites de l’accident de Tchernobyl et ou de l’accident de Fukushima, pour les seules suites en lien avec l’énergie nucléaire ici en cause – c’est en tout cas ce qui est affirmé par l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants). Citons également James Hanson et ses confrères qui ont estimé que les centrales nucléaires ont déjà permis de sauver près de deux millions de vie.

L’épineuse question des déchets produits par les centrales nucléaires aura occupé une large partie de notre soirée. Contrairement aux idées reçues, ces centrales produisent peu de déchets en comparaison des autres sources d’énergie. La comparaison est intéressante : les panneaux solaires exigent des matériaux plus nombreux et produisent bien plus de déchets, alors même que l’énergie ainsi produite se veut propre et renouvelable ! Existe-t-il seulement un plan de retraitement pour les panneaux solaires « en fin de vie » après trois décennies d’exploitation ?

Il est à craindre que ces panneaux usagés et perdus ne soient expédiés en Asie, en Afrique, pour être démontés – ou plutôt pour échapper à la vigilance de l’Occident qui préfère détourner le regard de ces zones du monde qu’il considère comme de vastes bennes pour les ordures. Les métaux lourds (plomb, chrome, cadmium, entre autres) ne seront plus alors le problème du consommateur européen dont la conscience sera tranquille.

Peut-être sa conscience s’alarmera-t-il quand il apprendra que les accidents dans les parcs éoliens arrivent et que ceux-ci peuvent se révéler mortels. Peut-être se réjouira-t-il de constater que la préférence pour les combustibles à forte densité énergétique et le délaissement des combustibles à forte densité de matière aura permis, ces cinquante dernières années, de laisser les prairies et les forêts croître ! Et qui suit de près la croissance de la flore, sinon la faune elle-même ?

C’est l’un des bienfaits en France du nucléaire, bienfait ignoré trop souvent : l’uranium a permis de diminuer la pollution de l’atmosphère et l’exploitation des territoires – c’est en cela peut-être que l’énergie nucléaire se pose en révolution technologique particulièrement intéressante. Son impopularité s’explique par l’action concertée des thuriféraires des énergies renouvelables et des tenants des énergies fossiles. Il est étonnant de constater que les adorateurs du pétrole comme les marmousets écolos marchent d’un même pas contre le nucléaire civil, tandis que ce dernier s’agenouille volontiers, s’excuse et parfois se propose de renoncer à ses meilleurs atouts.

En France, une expérience a été tentée : combiner les sources d’énergie en variant du nucléaire aux énergies renouvelables. Passer d’une électricité essentiellement nucléaire à un combiné d’énergies (nucléaire et renouvelables) a entraîné davantage d’émissions de carbone, à cause de l’usage accru du gaz naturel, ainsi qu’une hausse des prix. La presse étrangère l’a remarqué, où donc était la presse française ?

Il est urgent de reconnaître la vérité sur les énergies renouvelables. Toute discussion sur le sujet doit constater le lien entre densité énergétique et impact sur l’environnement. Les gardiens de la planète auto-proclamés cèdent à la facilité du « retour à la Nature » sans comprendre que ces énergies renouvelables sont un piètre moyen d’harmonie environnementale. Nous autres, patriotes et réactionnaires, devons nous extraire de la masse hébétée des consommateurs béats qu’un grelot eschatologique suffirait à conduire.

Nous devons nous obliger à une éthique de la responsabilité ; nous pouvons regretter que le débat ait largement concerné la question du nucléaire et de la production d’électricité sans s’étendre aux autres énergies, mais nous pouvons encourager nos lecteurs à observer, en la matière, la plus grande prudence, qui seule permet de connaître le fond des choses.

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