Un virus sans frontière ?

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Cet article n’a aucune visée scientifique ou vulgarisatrice. Par cette rédaction l’équipe de Relève de France espère offrir une synthèse à la fois simple et technique, pour minimiser les biais, et clarifier ce qui doit être clarifié sur ce qui semble apparaître comme une crise sanitaire majeure à la fois nationale et mondiale.

Résumé général

Ces dernières semaines, depuis l’émergence de l’épidémie en Chine, le coronavirus déferle sur l’actualité mondiale. Quel est-il ? Quels sont ses dangers ? Quelles sont ses conséquences ? D’où vient-il ?

L’origine de ce virus n’est pas certaine, mais il fut spéculé dans un premier temps qu’il aurait été transmis de l’animal à l’homme sur un marché de Wuhan, par l’intermédiaire de la chauve-souris. Il a aussi été mentionné que ce virus serait originaire d’un petit mammifère, le pangolin, dont les Chinois seraient aussi friands. Il est assez difficile de se prononcer là-dessus, pour le moment, toutefois, il peut être utile d’expliquer comment les scientifiques arrivent à remonter à la souche animalière de l’épidémie : les chercheurs se baseraient sur des pourcentages d’homologies de séquences (le pourcentage de similarité entre deux séquences génétiques) avec des virus portés par des animaux susceptibles d’être les vecteurs d’infection. Dans notre cas, le Covid-19 partagerait, selon deux études, 90,23 % et 91,02 % (1,2) d’homologie de séquence avec des souches isolées sur des pangolins (coronavirus de pangolin). Les éléments ne concordent pas non plus avec l’hypothèse d’une transmission par la chauve-souris. Cependant, les éléments actuels ne permettent pas de trancher définitivement, et cette question étant un sujet intense de recherche, très dense donc, cette problématique sera laissée en suspens ici.

Ce virus a d’abord fait une apparition claire en Chine, sur des marchés de Wuhan, en décembre 2019 (3). Cette maladie fut d’abord passée sous silence par le gouvernement chinois, malgré les avertissements de certains médecins chinois sur cette nouvelle maladie (4). Ils furent réhabilités par Beijing le mois suivant.

En janvier et février, depuis l’Europe, nous avons vu la Chine entrer dans un ralentissement économique considérable, avec une propagation et une progression de la maladie dans ce pays qui semblaient inéluctables. Néanmoins, malgré les 80,000 contaminations à ce jour, selon les chiffres officiels, les efforts de l’État chinois ont payé. Les quarantaines, les confinements de la population et les mesures prophylactiques ont porté leurs fruits. L’épidémie semble être maîtrisée, les nouveaux cas sont désormais allochtones, et les convalescences sont à la hausse dans ce pays.

Seulement, ce n’était pas tout. Le virus avait pénétré de manière mineure et sporadique en Europe, ceci dès fin janvier. Par pays, on comptait alors quelques dizaines de cas, éparpillés en Europe de l’Ouest. Le passage en force s’est effectué en Italie, aux alentours du 20 février, avec des diagnostics positifs de plus en plus importants au Covid-19. Ceux-ci étaient principalement localisés en Lombardie. Depuis, l’infection s’est diffusée dans le nord du pays, avec des mises en quarantaine progressives, allant de quelques villes de Lombardie (22 février 2020), à la région entière de Lombardie et des parties limitrophes (8 mars 2020), jusqu’au bouclement entier du pays, le 10 mars 2020. Cette situation de crise en Italie combinée aux politiques migratoires laxistes des différents gouvernements européens, a conduit à une transmission non négligeable de l’épidémie vers les pays voisins en Europe de l’Ouest, principalement, dont la France, l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche, le Benelux, la Suisse et bien d’autres.

Nous en arrivons au pays du fier coq gaulois, la France. De même, quelques cas firent leur apparition fin janvier. Pour la plupart, ils furent des ressortissants étrangers, notamment chinois, ou des cas assez exceptionnels de contamination autochtone (un médecin généraliste en libéral). L’épidémie s’est alors déclarée en décalé avec notre voisin italien. Une certaine partie des cas semblent être en lien avec l’Italie, d’autres sont des cas autochtones d’infection où il est difficile de remonter à la source. Le président Macron s’est résolu à fermer les établissements scolaires le 12 mars au soir. Cette mesure sera effective à partir du lundi 16 mars. Le samedi 14 mars, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé la fermeture de tous les établissements et commerces non indispensables, avec le maintien des magasins alimentaires, des pharmacies, et autres commerces de première utilité. Le lundi 16 mars, le président Macron a annoncé des mesures de confinement général sur l’ensemble du territoire français, entrant en application le lendemain. Il sera désormais obligatoire de présenter aux forces de l’ordre un motif valable pour justifier sa sortie.

Pour ce qui est du reste du monde, l’Iran et la Corée du Sud ont aussi fait face à une violente irruption du virus. Le reste des pays occidentaux est désormais dans une situation sanitaire délicate, avec des cas se comptant au minimum par milliers, voire par dizaines de milliers, notamment en Espagne et aux États-Unis, où l’évolution de la maladie est extrêmement rapide, avec une létalité progressant à un rythme supérieur au rythme italien, lui-même déjà très accéléré. L’Allemagne, de son côté, se distingue par un dépistage massif et une mortalité relativement réduite.

Connaissances actuelles

Malgré ses origines encore troubles, les modalités de transmission du virus sont connues. S’il semble que le virus se transmette de manière non négligeable par voie aérienne (microgouttelettes issues des toux, de la respiration ou d’éternuements, ou encore les aérosols), le vecteur principal reste le contact direct avec les sujets malades (tactile, principalement les mains), et différents objets du quotidien fréquemment en contact direct avec les mains du public usager (poignées de portes, barres de métro, etc…).

Après contamination, la maladie reste asymptomatique en moyenne 5 jours, (intervalle de confiance (95 %) : 3 à 7 jours) jusqu’à 14 jours au maximum (6). Il y a eu des cas cliniques où cette période asymptomatique durait plus de 2 semaines, mais ils représentent des aberrations statistiques.

Les symptômes ressemblent à priori fortement à ceux d’un syndrome grippal : fièvre, douleur musculaire, fatigue intense, toux sèche (non pas grasse), maux de têtes. De tous ces symptômes, aucun n’est spécifique. Cela signifie que les présenter n’est pas à associer nécessairement avec une infection au Covid-19 : on peut être fiévreux et avoir une angine, avoir une toux et contracter un rhume.

En revanche, nous pouvons retenir que parmi tous ces symptômes, il y en a un, qui est particulièrement sensible : il signifie que si infection au Covid-19 il y a, alors ce signe sera nécessairement présent. La fièvre est ce signe le plus sensible. Selon les sources, il varie aux alentours de 90 à 95 % (cela signifie que 90 à 95 % des cas confirmés d’infection présentent une fièvre).

La létalité est assez difficile à évaluer précisément, car il faut déjà pour cela, dans le cadre épidémique, établir une prévalence réelle. La prévalence réelle est le nombre total de cas dans la population. Or, il est pour le moment impossible d’estimer cette prévalence réelle. De ce fait, la prévalence mesurée (celle qui est donnée, officiellement, par Santé Publique France, qui est le résultat de tous les tests de dépistage réalisés) sera toujours inférieure à la prévalence réelle. La létalité d’une maladie est calculée par le rapport de personnes décédant d’une maladie, sur le nombre de personnes contractant la maladie (la prévalence mesurée, en l’occurrence). De ce fait, les chiffres que nous obtenons, sont, en général, et plus particulièrement dans ce cas, biaisés, et surestimés, car la prévalence elle-même est sous-estimée. Sur la base de la phase chinoise de l’épidémie, nous avons pu relever ces chiffres de létalité, qui sont divisés par classe d’âge (7) :

  • plus de 80 ans : 14,8 % ;

  • entre 70 et 79 ans : 8 % ;

  • entre 60 et 69 ans : 3,6 % ;

  • entre 50 et 59 ans : 1,3 % ;

  • entre 40 et 49 ans : 0,4 % ;

  • entre 10 et 39 ans : 0,2 % ;

  • entre 0 et 9 ans : 0 %.

Il ne faut pas oublier que ce chiffre de mortalité est aussi à pondérer avec des comorbidités (association d’un trouble primaire avec des troubles parallèles (par exemple, diabète, hypertension)) :

  • maladie cardio-vasculaire : 10,5 %

  • diabète : 7,3 %

  • maladie respiratoire chronique : 6,3 %

  • hypertension : 6 %

  • cancer : 5,6 %

À partir de ces chiffres, des tendances claires se dégagent : d’une, cette maladie est létale principalement pour les personnes les plus âgées. De deux, les problèmes de santé chroniques aggravent encore plus la probabilité de décès par cette maladie.

L’infection au Covid-19, comme dit précédemment peut rester asymptomatique pendant plusieurs jours (5, en moyenne). Il se peut même qu’une personne infectée ne présente aucun symptôme : on parle dans ce cas de porteur sain. Cet État peut s’expliquer par un agent pathogène peu agressif, ou par un système immunitaire particulièrement efficace, empêchant alors l’apparition de tels symptômes. Les porteurs sains, bien que moins contagieux que les cas sévères ou critiques, le demeurent tout de même (5). Ceux-ci sont les principaux « malades » échappant au système de santé, et baissent la prévalence.

Les personnes chez qui les symptômes se déclarent sans sévérité particulière, normalement, sont appelés infectés « bénins ». Leur maladie se déclare classiquement, et se résorbe au bout d’une durée variable, sans difficulté particulière. Le groupe bénin et le groupe asymptomatique accusent une mortalité de 0 %. Parmi ceux déclarant des symptômes, 81 % d’entre eux présentent une infection bénigne. (8)

Le groupe suivant représente les cas sévères. Ils comptent pour 14 % des patients symptomatiques. Ceux-ci présentent une fréquence respiratoire accélérée, ou une oxygénation du sang insuffisante. Ce groupe aussi accuse aussi une létalité de 0 %. (8)

Le dernier groupe est celui des cas critiques. Il représente 5 % des cas infectés. Dans cette situation, l’infection en est à son maximum. Le patient est en insuffisance respiratoire, d’autres organes sont atteints, peuvent dysfonctionner, ou être en choc septique. Ce groupe contient la totalité des décès dus à ce virus. Le taux de létalité de ce groupe en revanche atteint 49 %. Il ne faut pas oublier néanmoins que l’arrivée dans cet État n’est pas anodine et est souvent associée aux comorbidités citées plus haut.

Ces chiffres sont à pondérer avec un fait objectif : ces pourcentages pouvant paraître élevés ne le sont que car la prévalence est en général très fortement sous-estimée. De ce fait, ces pourcentages de cas sévères voire critiques sont très largement surestimés, et peuvent être réduits, sans exagération, aisément d’un facteur 2, 5, 10, selon les sources, en fonction des estimations de la prévalence réelle.

Ainsi en venons-nous aux traitements possibles.

Il y eut tout d’abord quelques premiers espoirs placés dans certains antiviraux, tels que le Lopinavir/Ritonavir en association, mais les résultats ne furent pas convaincants. Le Remsedivir (antiviral utilisé contre le virus Ebola) fut mentionné aussi, mais il semblerait que ses effets secondaires soient très lourds, avec une iatrogénie élevée (forte interaction entre des médicaments), l’écartant alors de la liste des meilleurs candidats (5). Cette dernière molécule est néanmoins intégrée au projet européen Discovery.

Le traitement le plus prometteur, à l’heure actuelle, paraîtrait être l’hydroxychloroquine, un antipaludique. Celle-ci fut recommandée en tant que traitement curatif, associée à un antibiotique (qui n’a pas d’effets antiviraux à proprement parler). Un essai clinique, dont la méthodologie fut insuffisante, a été publié par l’infectiologue Didier Raoult. La faiblesse du niveau de preuve que présentait son étude ne permit pas une acceptation générale de l’hydroxychloroquine comme traitement efficace et approuvé contre le Covid-19, d’autant plus que quelques jours après sortaient les résultats d’un essai clinique chinois, plus rigoureux, démontrant que l’hydroxychloroquine n’avait aucun effet. En réponse, le docteur Raoult sortit une deuxième étude, plus rigoureuse que la première, avec un échantillon plus volumineux (80 contre 26 pour sa première étude, et 30 pour l’étude chinoise). (9/13)

Le volet hydroxychloroquine reste à l’heure actuel ouvert. Les éléments actuels ne permettent pas de trancher sur la question. Néanmoins, notons que des essais cliniques sont en cours dans les hôpitaux de France.

Il est cependant impératif de préciser qu’une prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens est fortement déconseillée en cas de symptômes propres au Covid-19, le CHU de Toulouse ayant fait savoir que la plupart de ses cas jeunes sévères avaient pris, lorsqu’ils présentaient les symptômes du virus, cette classe médicamenteuse. Celle-ci est composée, en outre, de l’ibuprofène, de l’aspirine (Kardegic, Aspegic), du kétoprofène, et bien d’autres. (14)

Vient alors la question de la convalescence, ou, en d’autres termes, la question de la guérison, qui est fortement associée avec la létalité. Cette maladie n’est pas chronique, elle est aiguë. Il n’y a alors que deux issues possibles : la guérison, ou la mort. Évaluer le taux de guérison relève d’une difficulté similaire à l’évaluation du taux de létalité : on ne peut que sur baser sur une prévalence mesurée, biaisant alors d’un facteur plus ou moins grand ces taux. Une chose est certaine : cette maladie est relativement peu mortelle et n’a aucune commune mesure avec ce que put connaître l’humanité auparavant.

Ainsi, selon Santé Publique France, 98 % des patients infectés en guérissent. La précision apportée par le directeur de l’agence reste trouble, car ce dernier affirme : « 98 % des patients guérissent, mais ils ne sont pas signalés ». 98% des patients dépistés et déclarés, ou 98 % du total des infectés ? Il est probable qu’il ne parle que des 98% des patients dépistés et déclarés, étant donné les chiffres à notre disposition, à quelques variations près. Bien que la létalité en France ou en Italie soit au-dessus de ce pourcentage (2 %, donc), il faut encore une fois rappeler que la létalité est nécessairement surévaluée car la prévalence est elle-même sous-évaluée. (10)

Quoi qu’il en soit, dans la plupart des cas bénins ou sévères, la maladie semble se résorber sans réelles perturbations ou séquelles.

L’histoire est différente autre pour les cas d’infections critiques. Une des séquelles citées est d’abord la fibrose pulmonaire. Comprenons dans ce terme qu’il y a un changement des propriétés du tissu qui composent normalement un poumon, et que ce changement pourrait à long terme créer des difficultés respiratoires pour les patients ayant subi une infection particulièrement sévère au Covid-19. Ces lésions sont principalement liées à la réaction immunitaire particulièrement virulente (très forte inflammation du tissu pulmonaire) dans les poumons, endommageant ce tissu et changeant irrémédiablement sa nature. Des séquelles neurocognitives et des syndromes de stress post-traumatiques sont à noter. (11)

La prophylaxie a été vue, revue et rééditée, mais il n’est jamais excessif de faire des rappels. Étant donné les modes de transmission du virus, il est nécessaire de rappeler que des mesures d’hygiènes de base sont à appliquer. Ne pas hésiter à se laver les mains, le faire fréquemment, éviter les contacts avec les potentiels infectés, éternuer dans son coude, sont les gestes basiques. Il y a aussi la mesure de distanciation sociale recommandée par le gouvernement qui semble pertinente. Mais là vient une ambiguïté : le gouvernement s’est acharné à nous faire respecter ces règles de distanciation, sous prétexte qu’un infecté est contagieux dans un rayon d’un à deux mètres, pour autant, les masques respiratoires type FFP2 seraient sans utilité pour la population ? La position semble contradictoire. Des solutions artisanales peuvent apparaître, comme se recouvrir les voies respiratoires avec une écharpe, ou un bout de tissu. Néanmoins, n’ayant aucune preuve de l’efficacité, nous laisserons ces gestes de bon sens aux artisanaux. Le simple masque chirurgical, quant à lui, permettrait aux infectés de ne pas transmettre la pathologie. Cependant, tout semble bon à prendre dans une situation où l’État ne fournit aucun moyen de protection réelle, tel que des masques.

La pandémie que nous traversons fut l’objet de comparaisons allant d’un extrême à un autre. Certains pensent qu’il s’agit d’une simple grippe peu mortelle qui n’abat que les personnes âgées déjà mourantes (ce qui, à la vue des chiffres, n’est pas faux en soi). D’autres, à l’extrême opposé, annoncent le retour de la grippe espagnole et les millions de morts qui déferleront sur ce monde. Qu’en est-il réellement ?

D’après Santé Publique France, la grippe saisonnière concernerait 2 à 6 millions de personnes chaque année en France, pour une létalité variant de 10,000 à 15,000 (létalité associée à la grippe, mais pas conséquence directe de la grippe). (12) Dans les faits, le Covid-19 semble tout de même bien plus meurtrier, chiffrant à plusieurs milliers de décès dans déjà plusieurs pays européens, en l’espace d’un mois.

Pour ce qui est de la grippe espagnole, il fut estimé que 500 millions de personnes environ l’ont contractée, et qu’au minimum, 50 à 100 millions de personnes en sont mortes. Tout ceci résultant en une létalité considérable et un bilan humain catastrophique.

Face à ces chiffres, il est nécessaire de prendre du recul sur ces comparaisons, et de nuancer. En valeur absolue, le Covid-19 risque tout de même peu de supplanter le bilan annuel associé à la grippe d’un facteur 4 ou 5 (environ 50,000 morts). De même, il paraît encore plus improbable que cette pandémie concerne plusieurs centaines de millions de personnes, et en emporte des dizaines de millions.

France, gestion par l’État

Finalement, nous en arrivons à la France, et plus particulièrement, la gestion par l’État de la crise, et la prise de décisions à l’échelle nationale.

Il est pertinent d’aborder en introduction l’état des frontières de la France alors que l’épidémie grondait déjà en Chine. Alors que bien des pays asiatiques, océaniques ou des Amériques et même de l’espace Schengen fermaient leurs frontières à la Chine, la France est demeurée ouverte et a continué la distribution de visas. La fermeture des frontières, jugée inutile par nos politiciens, ne fut alors pas appliquée, sans doute plus par motivation idéologique que par motivation pragmatique.

Des mesures de quarantaine furent imposées çà et là aux ressortissants chinois, en fonction des pays, ou aux ressortissants italiens, quand l’épidémie émergeait dans la Botte.

Qu’en fut-il dans l’Hexagone, pendant cette émergence mondiale ? Rien, de la part du gouvernement Macron. La coupure des liaisons avec la Chine fut plus le fait de la sagesse chinoise, consistant en la limitation des départs et arrivées dans l’Empire du Milieu, plus particulièrement dans la province de Hubei, foyer de l’épidémie. Pour nos voisins transalpins, l’attitude fut la même : l’inaction, la passivité, l’attente. Cette épidémie fut plus affrontée comme une tragédie, un fait inéluctable, impossible à minimiser. Le président Macron a refusé la fermeture des frontières nationales, et a blâmé tout État membre de l’Union européenne procédant ainsi. Il n’a alors accepté à ce jour qu’une fermeture des frontières extérieures de l’espace Schengen.

Même si, la fermeture des frontières n’aurait pas été une solution infaillible, elle aurait sans nul doute pu prévenir le problème, et réduire les foyers d’infection dans le pays. La gestion de nos frontières par notre gouvernement fut mauvaise, faible, passive et attentiste.

La politique de santé publique en France fut différente de bien d’autres en Europe (et dans le monde) dans la section des dépistages. La France dépiste peu, en comparaison avec le voisin allemand. Selon le discours officiel, il est préférable de cibler les dépistages sur les cas graves ou quasiment confirmés par une liste de symptômes plus ou moins exhaustive. Néanmoins, il est probable, comme dans le cas des masques FFP2, que le refus d’une politique de dépistage massif soit plus dû à un manque de moyens qu’à une réelle stratégie de dépistages ciblés, étant donné que le ministère de la Santé a pour ambition d’augmenter les capacités à 50,000 tests par semaine, durant la fin avril. Une autre faiblesse de l’État est mise à jour ici.

Pour se préparer aux futures vagues, bien des CHU ou CH (Centre Hospitalier Universitaire/Centre Hospitalier) en France ont procédé à un arrêt ou fort ralentissement de services sans rapport avec l’épidémie, et à une transformation d’une grande majorité de blocs opératoires en salles de réanimation, pour les futurs cas critiques de Covid-19. L’initiative peut être saluée, et doit l’être, une telle mobilisation reste toujours une bonne chose, mais il ne faudra pas négliger la potentielle comorbidité d’une telle mesure, étant donné qu’une énorme majorité de services sont mis au ralenti et ne sont plus en mesure d’absorber des flux normaux de malades, qui, eux, ne cessent pas d’exister.

Les mesures générales de confinement ont été prononcées par le président français le 16 mars. La décision, bien que bonne pour endiguer la maladie, aura des effets particulièrement néfastes pour notre économie. Intervient alors l’éternelle balance du bénéfice/risque d’une telle mesure : à quel point confinons-nous avec comme bénéfice l’endiguement de l’épidémie, mais avec comme risque de paralyser l’économie. D’un point de vue purement sanitaire, il aurait été sensé, et même recommandé, de débuter un confinement une semaine plus tôt, comme les Chinois ont pu le décider à Wuhan, alors que l’épidémie n’en était qu’à son début. Toutefois, cette mesure inspirée par le bon sens, fut appliquée assez inégalement sur le territoire, notamment dans les enclaves ethniques où cette disposition ne semble pas être respectée par la population allogène. De même, l’État ne semble pas disposé et déterminé à faire régner le respect d’une telle mesure, entraînant de facto un multilégalisme (déjà préexistant) sur notre territoire. Il ne fait aucun doute que si cette quarantaine est respectée par une majorité de la population, en combinaison avec les mesures prophylactiques, l’épidémie sera endiguée dans les semaines à venir. Il est encore trop tôt pour juger de la date précise de la fin de cette épidémie, de son endiguement, ou même encore de son ralentissement, mais le confinement sera efficace. Le résultat et l’efficacité globale seront cependant à pondérer avec les dégâts économiques qu’un tel confinement engendrera.

Rôle de la presse

Il convient d’aborder brièvement le comportement de notre presse. Si celle-ci a effectivement bien rempli son devoir dans le relais des hautes décisions gouvernementales, des mesures prophylactiques, et des informations globales concernant l’épidémie, son attitude générale paraît contrastée. La gestion des flux d’informations fut fidèle à la mentalité de nos médias : le chiffre, avant tout le chiffre, et par dessus tout le chiffre. Aussi a-t-elle relayé tous les scénarios les plus catastrophistes (à tort ou à raison), tablant sur 300,000 morts, en jouant avec des têtes d’articles toujours plus grandiloquentes, et ne précisant aucunement le contexte d’une telle prévision. On notera aussi les relais abusifs d’une projection prédisant une contamination concernant 70 % de la population mondiale. On n’oubliera pas non plus une autre statistique souvent ressassée, sans aucune mise en contexte, de la population en réanimation : « la moitié des patients en réanimation ont moins de 60 ans », pour apeurer une portion non négligeable de la population active. On soulignera toute la campagne médiatique autour de la mort d’une jeune adolescente de 16 ans (paix à son âme), dans le but d’émouvoir et de choquer toujours plus les foules.

Il ne s’agit pas de dénoncer le relais de telles informations, mais d’en souligner l’abus, sans contextualisation, par notre sphère médiatique financée directement par l’État et donc l’argent des Français, pour générer à son propre profit de l’émoi et de la peur afin d’assouvir sa soif de trafic, de chiffres, de revenus. Cependant, cet alarmisme eut pour effet bénéfique d’impressionner la population, ce qui l’aura poussée à respecter davantage les mesures de prophylaxie et de confinement. Voilà un bien triste exemple de déontologie journalistique.

Conclusion

Cette pandémie d’ampleur mondiale ne risque pas d’amener dans la tombe des millions de personnes de tout âge. Elle permet néanmoins dans le cas français, de souligner de nombreuses failles résidant dans notre système gouvernemental et sanitaire. Si la gestion de la crise ne fut pas catastrophique, et que des mesures de bon sens ont été prises, il n’en reste pas moins que la gestion aurait pu être bien plus optimale qu’elle ne l’est en ce moment, contrairement à ce que dit la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Entre les manques de moyens, les acharnements idéologiques, et l’effritement de l’hôpital public, cette épidémie permet de dresser un premier bilan fiable sur les failles du pouvoir Étatique. Elle a de même permis d’exposer au grand jour l’absence de cohésion et de coopération dans l’Union européenne, face aux conséquences de la maladie. Cette crise n’est pas la première, et ne sera certainement pas la dernière, à remettre en cause la compétence de nos institutions Étatiques, nationales et supranationales.

En attendant, prenez soin de vous, chers lecteurs.

(1) https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.02.18.954628v1.full

(2) https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.02.19.950253v1

(3) https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30211-7/abstract

(4) https://www.lci.fr/international/huit-medecins-chinois-ont-ils-ete-arretes-le-1er-janvier-pour-diffusion-de-fausses-informations-alors-qu-ils-alertaient-sur-le-coronavirus-2144128.html

(5) https://youtu.be/ORIWS9BS9R8

(6) https://youtu.be/eoEkp-cyhN8

(7) https://www.lalibre.be/planete/sante/qui-meurt-vraiment-du-coronavirus-covid-19-le-profil-des-victimes-5e57f8da9978e231069bfd03

(8) https://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/2762130

(9) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0924857920300996?via%3Dihub

(10) https://www.lci.fr/sante/coronavirus-plus-de-65-000-guerisons-depuis-le-debut-de-l-epidemie-que-sait-on-sur-la-convalescence-des-personnes-atteintes-2147544.html

(11) http://www.leparisien.fr/high-tech/voici-a-quoi-ressemblent-des-poumons-infectes-par-le-coronavirus-26-03-2020-8288274.php?utm_campaign=twitter_partage&utm_medium=social

(12) https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/grippe

(13) http://www.zjujournals.com/med/EN/10.3785/j.issn.1008-9292.2020.03.03

(14) https://www.nicematin.com/faits-de-societe/deces-dun-nicois-atteint-de-coronavirus-qui-prenait-de-libuprofene-quels-sont-les-medicaments-a-eviter-485172

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