Que lire pendant le confinement ?

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Depuis le 16 mars, nous vivons en France sous un régime de confinement. Peut-être connaîtrons-nous bientôt le couvre-feu généralisé. Pour les besoins impérieux d’une crise sanitaire, notre liberté de circulation est réduite et nous sommes nombreux à nous retrouver dans la morne solitude d’un habitat toujours plus étroit, à mesure que le temps passe.

Il ne faut pas chercher à s’occuper, il faut travailler, prendre de la peine, et saisir l’occasion pour renouer avec la lecture, seule pierre capable d’affûter cette lame qu’est l’esprit. L’équipe de Relève de France s’est concertée pour vous proposer quelques titres, quelques œuvres. En attendant la grande proposition bibliographique à destination de tous les Français patriotes et nationalistes, voilà de quoi vous orienter contre l’égarement et l’ennui de ces jours esseulés.

Citadelle, Antoine de Saint-Exupéry

Œuvre posthume d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), Citadelle est l’œuvre d’une vie, qui accompagnera son auteur des premiers temps de l’écriture jusqu’à la fin. L’ouvrage est écrit à la première personne. Elle témoigne d’une sagesse enseignée par les pères, par les expériences exceptionnelles et ordinaires. Comment va le monde, l’individu, la société ?

Le premier lecteur se laissera conduire par l’intuition et l’exotisme de ces pages qui dépaysent. Est-ce une fable d’Europe et d’Orient ? Un deuxième lecteur s’inquiétera de ces réflexions morales et sociales, qui ne laisseront pas d’inviter la troisième lecture à trembler devant la nécessité d’exercer, par le monde, une vigilance constante de l’esprit, du corps et du cœur. Un extrait vaut toutes les présentations :

« Ainsi de ceux qui croient le découvrir en le divisant, mon territoire… Et ils sont pauvres de ne rien posséder de plus. Et ils ont froid. Et j’ai découvert qu’ils ressemblent à celui-là qui dépèce un cadavre. « La vie, dit-il, je la montre au grand jour : ce n’est qu’un mélange d’os, de sang, de muscles et de viscères. » Quand la vie était cette lumière des yeux qui ne se lit plus dans leur cendre. Quand mon territoire est bien autre chose que ces moutons, ces champs, ces demeures et ces montagnes, mais ce qui les domine et les noue. Mais la patrie de mon amour. Et les voilà heureux s’ils le savent, car ils habitent ma maison. »

 

L’empreinte du dieu, Maxence Van der Meersch

L’empreinte du dieu est l’œuvre majeure de Maxence Van der Meersch (1907-1951), qui lui valut le prix Goncourt en 1936. D’abord juriste, il embrassera le métier d’écrivain pour décrire la région de son enfance, le Nord, et ses habitants, ces gens simples et modestes qu’il côtoya longtemps.

Ce roman narre la vie tragique d’une paysanne, Karelina. Contrainte d’épouser un homme brutal et méchant, elle endure les humiliations et les avanies sans mot dire, jusqu’à l’incarcération de son époux. Alors elle s’enfuit chez son oncle, un écrivain de grand renom et sa tante Wilfrida va l’accueillir et faire d’elle sa propre fille. Hélas ! L’avenir condamnerait l’une et l’autre. Van der Meersch offre un récit nourri de charité et des tableaux pittoresques d’une Flandre idéalisée.

 

Le Testament français, Andreï Makine

Andreï Makine (1957) est le benjamin de l’Académie française depuis 2016. Né en Sibérie, il est devenu bilingue grâce à une dame française qui s’occupera de son éducation. Diplômé d’un doctorat sur la littérature française contemporaine, c’est à trente ans qu’il arrive à Paris et demande l’asile politique. Il mènera alors une vie difficile, mais l’écriture en langue française le conduira jusqu’à la consécration en 1995, avec les prix Goncourt et Médicis pour son roman Le Testament français.

Ce roman est le récit d’une transmission : Charlotte lègue à son petit-fils une culture, un pays, la France ; ce legs n’est pas d’abord matériel, il a la transparence des choses de l’esprit. Elle lui parle du caractère français, de l’esprit français, des choses françaises, cette France que peu de Français connaissent aujourd’hui. C’est cet éclat de vie, qui rayonne dans le charnier de l’histoire, que Charlotte offre à son petit-fils.

 

Fables, Jean de La Fontaine

La postérité n’aurait jamais retenu le nom de La Fontaine (1621-1695) si son génie nonchalant n’avait été forcé par des protecteurs clairvoyants. Bien à l’abri des libéralités de ceux qui l’entretinrent, il déploya toute l’aisance de ses qualités littéraires pour rendre à un genre désuet ses lettres de noblesse. Il devint le fabuliste que le monde entier nous envie.

Il y a dans les Fables un esprit profondément original et indépendant. On y retrouve Jean, amoureux des joies simples et de la nature, du pittoresque, de l’humour. On y retrouve aussi l’homme du monde, qui sut, avec un art savant, dépeindre les mœurs de son temps et faire oeuvre d’éducation. En s’inspirant des leçons qu’il puise chez d’autres, il met son instinct du rythme et de l’harmonie au service d’un « être au monde » qui définit, encore aujourd’hui, ce que doit être l’honnête homme français, le gentilhomme. Et voyez, aujourd’hui : le renard ne serait pas à nos yeux, ce qu’il est, sans les Fables.

 

Aziyadé, Pierre Loti

Aziyadé marque les débuts de Pierre Loti en littérature. La critique fit à ce roman un accueil mitigé, le public le négligea, mais un siècle plus tard, grâce à Roland Barthes, les lecteurs revinrent à Pierre Loti, désormais indissociable de son Aziyadé.

Julien Viaud (1850-1923), identité réelle de Pierre Loti, est officier de marine et tient depuis l’adolescence un journal intime. Il nourrit aussi une correspondance abondante avec ses proches. Au retour d’une campagne en Grèce et en Turquie, il est encouragé à publier ses écrits sous forme de roman. On retrouve tout ce qui caractérisera l’œuvre de Pierre Loti : la constante tension entre le désir du lointain, de l’exotique, de l’ailleurs, le goût du départ et du voyage, le besoin tout aussi fort du retour à la maison familiale, au territoire de l’enfance, à l’enracinement – à Rochefort, à l’île d’Oléron, à la mère de Julien.

 

Texaco, Patrick Chamoiseau

Né le 3 décembre 1953 à Fort-de-France, Patrick Chamoiseau reçoit le prix Goncourt en 1992 pour son roman Texaco. Si ses engagements politiques ont pu paraître contestables, il a nourri sa littérature d’une critique intransigeante de l’action uniformisatrice de la mondialisation sur les identités, les cultures et les imaginaires des peuples d’ici et d’ailleurs.

Dans Texaco, Marie-Sophie Laborieux raconte l’aventure de la Martinique, des origines jusqu’à l’implantation des monstres urbains que sont les villes, où nul ne peut vivre sans enchaîner les « djobs » comme on enchaîne les perles d’un chapelet diabolique. Le temps s’allonge tout à la fois qu’il s’efface au profit du béton. À l’aveugle et froide rationalité du progrès, de l’urbanisme et des immeubles, c’est sans illusion mais plein d’espoir qu’il faut opposer le bouillonnement des traditions, du courage et de la vie.

 

Michel Strogoff, Jules Verne

Jules Verne (1828-1905) est un auteur injustement négligé en France. L’écrivain vaut pourtant le détour. Il est d’ailleurs le plus populaire des auteurs français traduits dans le monde entier. Verne est un conteur d’histoires merveilleuses. Il a décrit l’accélération du temps, le surgissement de nouvelles valeurs, le télescopage du présent et du futur, les jeux de la raison et de la folie. Il a aussi mis en scène le devoir d’être adulte, d’être un homme. Michel Strogoff (1876) est plus qu’un exercice de style réussi. C’est l’expression d’un archétype.

Le capitaine Strogoff doit remettre un pli urgent à l’autre extrémité du continent, là où l’Europe est déjà l’Asie, sur fond d’invasion tatare de la Sibérie. Un parcours d’épreuves attend le héros, semblable à celui donné par la mythologie aux héros de la Grèce antique. Son ennemi, Ogareff, le traître russe vendu aux Tatares, l’affrontera trois fois et Michel Strogoff devra résoudre cette hésitation : faut-il suivre la volonté guidée par la raison ou l’intuition guidée par le cœur ? Et quand l’erreur emporte des conséquences terribles, faut-il renoncer ?Toute l’âme populaire russe est dans ce roman.

On notera le ton de Jules Verne, qui ne sacrifie jamais à l’épopée son style caractéristique, empreint d’humour et de bonhomie, comme on peut le lire ici : « Télègue : voiture russe à quatre roues, quand elle part, et à deux roues, quand elle arrive. »

 

Le Sagouin, François Mauriac

François Mauriac (1885-1970) est élu membre de l’Académie française en 1933. Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 1952. Il appartient à cette bourgeoisie catholique qui vit avec stupeur la France s’acheminer vers l’athéisme et le désenchantement. Ses personnages sont tourmentés, affreusement malmenés par le péché. François Mauriac s’engagera dans la Résistance et gardera des souvenirs émus de ces années terribles.

Dans Le Sagouin, Mauriac dépeint la France d’après la Première Guerre mondiale et chaque personnage appartient à différentes classes sociales. Il décrira ainsi les relations entre les différents milieux. Une pauvre femme de la bourgeoisie, désespérée de se faire baronne, jettera son dévolu sur Galéas de Cernès, au grand malheur de la mère de celui-ci, qui méprisera toujours cette parvenue. Ce récit incisif et profond donne à voir un univers où l’amour n’a pas sa place, car l’espace est saturé d’égoïsme. Les ambitions personnelles sont le parfait terreau de toutes les frustrations.

 

Le Pari, Anton Tchekov

Anton Tchekov (1860-1904) est considéré comme un maître de la nouvelle brève. Une page lui suffit à rendre compte de la complexité, de la profondeur et du tragique de la vie. Il exercera la médecine dans les environs de Moscou dès 1884 et en conservera un souvenir ému. Il collaborera dès 1886 au journal Novoe Vremja, « temps nouveau », quotidien proche du gouvernement et de tendance réactionnaire. C’est là qu’il se liera d’amitié avec Alexis Souvorine, comme lui autodidacte, intelligente, brillant et sorti de ce peuple russe avili par l’alcool et l’athéisme.

Le pari raconte la liaison terrible d’un banquier et d’un étudiant. Ils discutent ensemble de la peine capitale et de l’enfermement à perpétuité. Le banquier parie avec l’étudiant deux millions de kopeks qu’il ne pourrait pas tenir cinq années dans une geôle. Finalement, c’est quinze ans que l’étudiant y passera et le banquier se rend compte qu’il va perdre. Il prend une décision monstrueuse. Cette nouvelle donne des sueurs froides et donne à voir jusqu’où l’avarice peut conduire. Il est intéressant de la comparer à la nouvelle de Maupassant, La Parure.

 

Regain, Jean Giono

La Provence et les paysans ont offert à Jean Giono (1895-1970) un inépuisable trésor de guerre où puiser les richesses de son œuvre. Écrivain incontournable du XXe siècle et pourtant inclassable, cet auteur résiste à toutes les grilles d’analyse, à toutes les volontés d’examen systématique. Pour le connaître, il faut le lire.

Regain est un hymne à l’enracinement. Le regain est cette herbe qui repousse après la troisième fauchaison. Les années ont vu les gens partir et Panturle, solitaire, écoute les brises et les nuées qui balaient la lande. Les lignes tremblent sous la plume de Giono, car c’est toute la poésie de la Provence qu’il conjure pour raconter la liqueur d’hysope, la forge de Gaubert, qui est parti avec les autres. Tout change quand arrive Arsule, paysanne qui ramène au pays la joie et la vie. La langue est dépouillée mais puissante pour décrire les espoirs et les passions silencieuses de ceux qui refusent de laisser mourir le village.

 

Journal d’un curé de campagne, Georges Bernanos

Georges Bernanos (1888-1948) mènera longtemps une vie difficile, matériellement compliquée. Il nourrira ses œuvres des décors de son Pas-de-Calais natal pour raconter l’interminable combat du Bien et du Mal. Son personnage, le prêtre catholique, lui donnera prétexte à explorer le rôle du prélat soucieux du salut de l’âme de ses paroissiens, conscient de la perdition morale que l’athéisme et le matérialisme entraînent inlassablement, comme l’eau froide qui monte, comme la honte qui croît.

Dans son chef d’œuvre Journal d’un curé de campagne (1936), Bernanos raconte la prise en charge d’une paroisse par un prêtre miné par une maladie dont il ignore le nom et la nature. Ses douloureux efforts susciteront la révolte du péché dans les âmes de ceux qu’il veut sauver. Au prix d’une lutte acharnée, qui le conduira à la mort, il vaincra. Bernanos peint le drame de la créature humaine aux prises avec les forces du mal et montre que le seul mal sans remède est l’indifférence au salut, l’esprit de démission : l’Église doit aider les hommes à vivre avec héroïsme dans l’exaltation des vertus et du courage chrétiens.

 

Le Cid et Cinna, Pierre Corneille

La vie de Pierre Corneille (1606-1684) est celle d’un bourgeois honnête, qui donna l’exemple des vertus familiales et de la plus grande simplicité. Cette médiocrité contraste avec l’éclat de sa création dramatique : il a exalté un idéal de grandeur humaine, peut-être dans le but d’inspirer l’âme de toute une génération privée des malheurs qui font naître l’héroïsme. C’est la « gloire » qui caractérise tous les héros cornéliens : cette notion est centrale pour expliquer toute l’oeuvre du dramaturge.

Le héros cornélien, parce qu’il est soucieux de sa gloire, observe un double devoir moral et social. Le héros est de haute naissance, ou il se hisse à la hauteur de sa gloire, si bien qu’il doit justifier par sa conduite la place qu’il occupe dans la hiérarchie sociale. Le héros doit également, pour honorer sa gloire, se donner pour objet l’illustration d’une haute vertu.

Inspiré par le De Clementia de Sénèque, Cinna (1642) raconte la conjuration d’Émilie et Cinna contre Auguste, la trahison de Maxime qui vend la mèche du complot, enfin le pardon d’Auguste qui lave dans la magnanimité la noirceur et la perfidie des intrigants. Corneille réussit le tour de force de déplacer la sympathie du spectateur des conjurés vers l’empereur.

Le Cid (1636) est un tournant dans la carrière de Corneille. C’est le poème de la gloire amoureuse. Sous une forme nouvelle, le dramaturge magnifie les relations de l’amour et du devoir qui, loin de s’opposer, s’accordent : si Rodrigue tue le père de Chimène, si Chimène demande la tête de Rodrigue, c’est qu’ils veulent tous deux demeurer dignes l’un de l’autre.

Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi ;
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.

Can Life Prevail?, Pentti Linkola

Pentti Linkola est né en 1932 à Helsinki. On lui doit l’invention de l’écofascisme, qui est un « radicalisme écologique profond, antidémocratique et eugéniste ». Universitaire, naturaliste, il mène une vie d’austérité, de simplicité, contre-modèle parfait des dérives indécentes de la surpopulation, du consumérisme, de l’industrialisation.

Can Life Prevail? de Pentti Linkola n’est pas une œuvre facile. Elle entraîne son lecteur d’inquiétude en malaise et soulève un tourbillon de questions, comme autant de regards angoissés, jetés sur le monde contemporain. Tout n’est pas à prendre pour argent comptant, mais rien ne saurait être plus dangereux qu’une lecture légère de ce livre qui recèle des pages d’une grande vérité, d’une parfaite justesse. C’est l’exemple des forêts de Finlande qui donne à l’auteur, homme simple et en colère, un prétexte à la réflexion. Cette réflexion le conduit à cette radicalité dont naissent les meilleurs enseignements.

 

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