Politique et mondes numériques

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« Penser, c’est harceler l’existant » disait Henri Lefebvre. Nous avons souhaité ce soir questionner les nouvelles technologies et les « outils numériques » qui peuplent notre vie. Est-il anodin d’allumer son ordinateur et d’y passer la soirée, entre tel jeu vidéo et telle série télévisée ? Est-il anodin d’écumer les réseaux sociaux à la recherche d’un filon de discussions politiques où trouver un exutoire à la fatigue d’une journée épuisante ? Nous en aurons discuté ce soir.

 

Tour de table

À comparer la France d’hier et la France d’aujourd’hui, il est un détail que nos anciens observeraient avec fascination : la consommation récréative du numérique, sous toutes ses formes, est aujourd’hui une part importante de nos vies. Nombre de commentateurs s’en félicitent. Plus nombreux encore sont ceux qui s’en inquiètent. Plus le message est sceptique, moins il est audible. Les « ravis de l’écran » sont partout, dans la presse, au gouvernement, et sont invités partout, dans les médias, pour répandre le prêche habituel. Les mécréants de cette religion nouvelle sont affublés des plus vils qualificatifs. L’anathème les guette et ils sont bientôt ostracisés, quand ils ne sont pas simplement enfermés dans des cages qu’on montre au public, de temps en temps, pour l’amuser.

Pierre Bourdieu avait présenté, autrefois, les acquis de la recherche sur la télévision. Il avait démontré les mécanismes de la censure invisible qui s’exerce sur le petit écran, en livrant les secrets de fabrication de ces « objets numériques » que sont les images et les discours de télévision. Il avait aussi expliqué comment la télévision, qui dominait en son temps le monde du journalisme, altérait le fonctionnement d’univers aussi différents que ceux de l’art, de la littérature, de la philosophie ou de la politique, et même de la justice et de la science, en y introduisant la logique de l’audimat, la soumission démagogique aux exigences du plébiscite commercial. Le sensationnel, l’extraordinaire, le spectaculaire devait pénétrer et contaminer ces espaces où régnait la raison. Que dire aujourd’hui des réseaux sociaux, de l’Internet, des espaces numériques ? Nous aurons surtout discuté de leur emploi politique.

À en croire les poncifs habituellement répétés, les jeunes générations déjà nées dans la société numérique seraient bénies des dieux, puisqu’elles ont devant elles le champ vierge de la révolution numérique. L’enthousiasme général tranche lourdement avec la réalité des études scientifiques disponibles, qui dressent une liste toujours plus longue des influences négatives et toxiques des consommations numériques sur les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Les développements somatiques, cognitifs et émotionnels de l’individu sont touchés par les consommations numériques, pour le pire bien plus que pour le meilleur. Spontanément, le sens commun incline à la prudence : il faut bien sûr préserver les enfants… il ne peut pas être innocent de laisser un bambin regarder trop longtemps un écran… il est très curieux de constater qu’on hésite à caractériser les nuisances des écrans, « faute de preuves », alors qu’on est beaucoup plus péremptoire à affirmer que les outils numériques éducatifs font des miracles – alors que, comme le révèle la littérature scientifique, ils n’en font pas.

Quel est ce monde qui nous vient ? Nos institutions se désubstantialisent. L’administration dématérialise ses échanges avec les citoyens. La médecine s’oriente vers des projets autour de la « e-santé », l’école s’oriente vers le « e-learning », l’économie vers le « e-commerce ». Ces mutations auraient pu nous occuper toute la soirée, mais nous aurons choisi d’orienter notre réflexion vers l’exploration politique des mondes numériques. Ces mondes-là sont étroitement associés à l’imaginaire issu des mythes du progrès. Les technologies nouvelles sont des avatars du progrès. N’ont-elles pas grandement facilité nos vies ? Nous sommes enclins à le croire, et pourtant nous nous voyons tous de plus en plus débordés. La révolution numérique gagne du terrain et notre quotidien s’accélère. Les institutions ne sont plus les vecteurs du progrès : les objets technologiques eux-mêmes ont capté cette mythologie, et nous nous reposons sur eux sans comprendre qu’ils produisent ce modèle anthropologique inédit de l’homme « clivé entre le désespoir de ne pouvoir reprendre la barre sur son existence et l’ivresse de frôler en permanence le burn-out », comme l’écrit Hartmut Rosa. C’est que l’accélération est peut-être le nouveau visage de notre aliénation, car nous ne savons plus répondre au problème de la finitude et de la mort, alors nous réduisons tous les temps morts, tous les moments de pause, pour avoir l’illusion d’augmenter la durée de notre vie, en accroissant artificiellement le nombre d’expériences vécues – le monde numérique offre toujours plus d’options en ce sens !  Et même si l’accélération technique n’entraîne pas l’augmentation du temps libre, nous restons persuadés que ces nouvelles technologies vont nous en donner, et que nous en ferons l’usage le plus vertueux. C’est cette illusion politique que nous aurons cherché à examiner.

 

Consommations numériques et usages abusifs

Considérons d’abord un premier point. On nous reprochera ici de nous montrer critique à l’endroit des technologies numériques alors que ce contenu a été produit en grande partie au moyen de ces technologies numériques, à commencer par un logiciel de traitement de texte. Nous réfutons cette vue de l’esprit, puisque nous entendons bien cibler nos critiques et nos positions sans traiter « le » numérique comme un tout monolithique et indivisible. Nous entendons examiner la forêt du désastre derrière l’arbre des anomalies ponctuelles. Ils sont nombreux à nous vanter « le » numérique, en évoquant ces élèves qui peuvent communiquer entre eux, partager les devoirs, contacter leurs amis du bout du monde et ainsi développer des compétences en langue étrangère. Ils sont moins nombreux à concéder que ces enfants, jamais polyglottes, exposés à près d’une heure de réseaux sociaux, de télévision et de jeux vidéo, s’exposent aussi à des anomalies de développement cognitif, à des chutes de résultats scolaires. La littérature scientifique est accablante, sur ce sujet, et nous avons longuement nourri nos échanges d’études que la presse ne lit jamais, puisqu’elle communie dans la béatitude numérique.

Procédons toutefois par ordre et considérons, dans un premier temps, que les usages abusifs du numérique à des fins récréatives sont malheureusement trop répandus. Le constat est désormais consensuel : plus tôt l’enfant est confronté aux écrans, plus il a de chances de devenir un utilisateur gourmand et assidu (Chiu, 2017 et Cadoret, 2018) ; comment s’en étonner ? Les habitudes nous forment et les routines numériques s’installent comme les routines scolaires, sociales, alimentaires, etc. Les usages de l’enfance s’enracinent profondément. Or, l’enfance est le lieu de tous les apprentissages et maturations cérébraux et les outils numériques, en les privant de stimulations et d’expériences importantes, voire essentielles, conduisent à des situations presque impossibles à rattraper (Anderson, 2011 et Nelson, 2007) alors qu’il est au contraire très facile d’apprendre à utiliser les réseaux sociaux, les logiciels informatiques, les sites marchands, les tablettes, les smartphones, etc. Les savoirs primordiaux, le langage, la coordination motrice, les prérequis mathématiques, les habitus sociaux, tout cela s’avère plus coûteux à acquérir à mesure que le temps fuit.

Cartographions les usages numériques de l’enfance en Occident. Les nourrissons, entre zéro et un an, consacrent, chaque jour, près de quarante minutes face aux écrans[1] ; ce temps représente près de 10 % de la durée de veille de l’enfant et 15 % de son temps libre. Les temps contraints de l’enfant ont leur rôle dans le développement de celui-ci, tout comme le temps libre, quand il s’articule autour des explorations motrices, des jeux spontanés, des observations actives du monde. Cumulé, ce temps passé devant les écrans, souvent seul, représente près de 600 heures – soit les trois quarts d’une année de maternelle. Le nourrisson passif devant l’écran n’est jamais « nourri » comme il le serait par les jeux, les interactions, les découvertes accompagnées. Entre deux et huit ans, la consommation journalière augmente : entre 2h45 et 3h00, soit près d’un quart du temps normal de veille de l’enfant, soit près de 1,000 heures par an : un enfant moyen consacre, entre deux et huit ans, l’équivalent de sept années scolaires complètes aux écrans récréatifs – soit le temps de travail personnel requis pour devenir un bon violoniste (Ericsson, 1993). Certes, on constate que les enfants les plus affectés sont ceux des milieux sociaux défavorisés. Mais les études relatives à la réussite scolaire montrent que le temps gaspillé devant la télévision ou les jeux vidéo s’avère plus délétère pour les enfants des milieux sociaux favorisés (Felter, 1984 et Jackson, 2011). Notons d’ailleurs que les parents déclarent en minorité être présents pour surveiller les consommations numériques de leurs enfants, et moins nombreux encore quand cette consommation concerne spécifiquement les jeux vidéo – à croire qu’ils ont moins confiance en la télévision qu’en Internet et les jeux vidéo (Wartella, 2012)…

Que faut-il dire de la préadolescence, de l’adolescence ? L’individu, au cours de ces périodes, gagne par jour entre 1h30 et 1h45 d’éveil, que chacun offrira peut-être à des consommations numériques, pour une consommation journalière de près de 4h40[2] pour les enfants de huit à douze ans. Ce sont donc 1,700 heures par an, soit deux années scolaires, soit près d’un an d’emploi salarié à temps plein. Comment s’en étonner ? Un sur deux possède une tablette personnelle, un sur deux possède une télévision, un sur cinq possède une console de jeux personnelle, un sur trois ou un terminal de jeu personnel, un sur quatre possède un smartphone, et ainsi de suite. L’usage des réseaux sociaux et l’exploration de l’Internet reste assez marginal, à cet âge. Entre treize et dix-huit ans, la consommation quotidienne de choses numériques monte à 6h40, près d’un quart de la journée – soit, pour un an, un peu plus de la totalité du temps d’enseignement consacré, pendant le secondaire, au français, aux mathématiques et aux sciences de la vie et de la terre. On comprend mieux pourquoi certains voudraient que les enfants passent moins de temps à l’école, comme le petit Ayoub : « Moi, si on raccourcissait mes journées de cours, j’en profiterais pour jouer plus à la Playstation 3, ou pour regarder la télé. »

On entend déjà les sophistes qui diront que le problème ne sont pas les écrans, mais les excès, que le souci n’est pas l’outil, mais l’usage qu’on en fait. Toujours est-il que nous ne pouvons qu’encourager chacun à préserver les enfants de son entourage de ce déferlement numérique, essentiellement parce que ces consommations occupent une place que n’occuperont pas de multiples expériences bien plus nourrissantes. Nous pourrions, sur des dizaines de page, corroborer cette affirmation. Nous renvoyons à notre bibliographie. Nous nous contenterons ici de recommander la plus grande prudence et d’éloigner les enfants des écrans. Les consommations numériques récréatives ont des effets nuisibles : relations intrafamiliales, réussite scolaire, concentration, obésité, sommeil, développement physique, espérance de vie. La littérature scientifique abonde et même s’il est difficile de savoir si c’est à partir de trente minutes, de deux heures ou de trois heures de consommation quotidienne que le danger apparaît, nous pourrons simplement avoir ces considérations de bon sens : « quand on n’a pas de preuve que c’est bon et qu’il y a quelque raison de croire que c’est mauvais, pourquoi le faire ? »

Bien sûr, les contenus et les contextes d’usages ont une importance indiscutable dans certains domaines : agressivité, anxiété, initiation tabagique ou alcoolique, etc. Mais il est fou d’affirmer que le temps d’écran, en lui-même, n’est pas le problème, car les études se multiplient pour faire la démonstration que peu importe le contenu et le contexte, le temps passé en lui-même est un facteur de toxicité de la consommation numérique. C’est d’autant plus vrai que l’effet « contenu », quand il existe, opère en fonction du temps d’imprégnation. Et ne croyons pas que l’enfance soit le seul « temps » de la vie concerné par la vulnérabilité. Les chercheurs ont interrogé la pratique des jeux vidéo, des réseaux sociaux des étudiants et des jeunes adultes : les données sont régulières et plus le temps passé à ces consommations numériques est important, plus les notes chutent et les résultats professionnels s’affaissent (Weis, 2010 et Stinebrickner, 2008). Ce que le bon sens laissait subodorer se voit donc confirmer. Ne soyons pas en reste. La télévision, les jeux vidéo ne sont pas seuls en cause. Le smartphone lui-même devient un problème pour la réussite scolaire, n’en déplaise à ceux qui les moyennes dérangent, à ceux qui ont cette vision égotiste du monde parce qu’ils ont réussi à l’université en passant sept heures par jours sur les réseaux sociaux. Les moyennes sont accablantes. La performance académique se dégrade à proportion du temps offert aux consommations numériques. Nous pourrions extrapoler ceci et déplorer que ceux qui prétendent lutter contre le consumérisme ne voient pas que le consumérisme a trouvé, dans ces appareils, de nouveaux territoires à conquérir.

C’est l’usage abrutissant, toujours, qui sera vainqueur. Où qu’on regarde, les ordinateurs offrent des accès semblables aux usages récréatifs comme aux usages les plus intellectuels. L’accès aux ressources éducatives est facilité et certains y voient un chemin pour la démocratisation des connaissances. Il ne faut toutefois pas confondre la disponibilité d’une ressource et son exploitabilité. On peut suivre en ligne un cours de l’université Harvard. Possèdera-t-on pour autant les compétences attentionnelles, cognitives et académiques indispensables à l’assimilation des connaissances exposées ? (Hansen, 2015) Le travail personnel paie un lourd tribut aux usages du numérique et malheureusement, on ne naît pas consciencieux et diligent, on le devient. On ne s’impose que difficilement l’essentiel, comme relire ses leçons, et on s’offre plus facilement au contingent, comme jouer à un jeu vidéo. Les enquêtes sont innombrables : le temps consacré aux devoirs s’étiole, on se disperse, ce qui est peu favorable à la compréhension, à la mémorisation des savoir, des savoir-faire. Quant aux usages numériques introduits dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités, ils n’ont rien apporté, rien changé, et seulement enrichi les prestataires. Si vous n’êtes pas convaincus, lisez plutôt ceci : « malgré des investissements considérables en ordinateurs, connexions internet et logiciels éducatifs, il y a peu de preuves solides montrant qu’un usage accru des ordinateurs par les élèves conduit à de meilleurs scores en mathématiques et lecture. » Il faut donc se demander si les plus ardents défenseurs de « l’école numérique » ont réfléchi le monde dont ils rêvent, s’ils ne comptent pas en profiter personnellement – et il y a peut-être des conflits d’intérêts à débusquer.

 

Numérique et militantisme politique

Nous concéderons volontiers un point : ce monde révolutionné par les usages numériques a démultiplié les espaces pour la parole politique. Celle-ci en fut-elle grandie, ou bien a-t-on vu partout émerger le « bruit » politique, hostile à toute construction pérenne de la pensée ? Ils furent nombreux à croire qu’avec Internet, l’information allait circuler davantage : cela favoriserait certainement le développement d’un nouveau militantisme, des idées subversives ; les médias traditionnels seraient vite marginalisés, et de nouveaux médias émergeraient. Nous en sommes encore loin. Sur l’Internet, les internautes « regardent » du contenu télévisuel rediffusé et les médias traditionnels ne doivent pas leur mauvaise réputation à l’alternative haut débit. Certainement, l’Internet a mis à la disposition du plus grand nombre des errants et des connectés des textes, des manifestes, des écrits hors de la « doxa dominante ». Certains ont cru que Kropotkine et sa Conquête du pain serait le livre le plus partagé, le plus téléchargé. Et rapidement, déjà il y a plus d’une décennie dans le camp adverse, on s’est rendu compte que ce militantisme nouveau prenait des tournures assez peu amènes. Derrière l’écran, l’insulte fuse plus facilement et les échanges peuvent être vite injurieux, lapidaires entre groupes qui ne se fréquentent plus souvent. Il est difficile de trancher entre le ton d’Internet, froid et distant, et le ton du réel, pas toujours si agressif. Nos ennemis ne s’y sont pas trompés quand ils ont fait le bilan de ces nouvelles façons : l’Internet a ringardisé toutes formes passées d’organisation.

« L’organisation, avec ses contraintes indissociables de l’espace-temps : se réunir autour d’une table, écrire un tract ensemble, se donner rendez-vous, aller au contact des gens… Un travail long et harassant pour un résultat parfois nul. Sauf que le chemin est aussi important que l’action elle-même, qui reste toujours limitée. Le travail en commun, qui lie intelligence collective et solidarité concrète, se fait rarement derrière l’écran d’un ordinateur. Mais, à l’ère d’Internet, toute organisation passe pour ringarde. Pour les « nouveaux militants », pas de « bavardage inutile » : une idée, un rendez-vous à spammer sur les listes et une vidéo rigolote à poster sur Internet… et voilà, le tour est joué ! »

Forums, listes, sites, blogs, réseaux sociaux, tout se démultiplie. Les moments de rencontre se raréfient. Qui est encore disponible pour organiser des événements en chair et en os ? Les actions ludiques et libres ont remplacé l’ordre ancien, en même temps que l’investissement personnel s’est effondré. Les technologies numériques ont manifestement conduit à une réduction utilitariste et hédoniste de l’agir politique, et privé les militants de tout questionnement autour du sens des pratiques militantes – alors que la manière de faire les choses importe autant que l’objectif visé. Animer un quotidien militant sert non seulement à diffuser des idées politiques, mais crée un support et une prise sur le réel. Qui sont ces militants qui passent un temps croissant vissés devant leur ordinateur à s’inscrire dans les réseaux d’information, à faire circuler les informations, à s’écharper sur des plateformes numériques, sur des forums, sur Twitter, sur Discord ? En l’absence de lien véritable, de contact authentique, la violence engendrée se nourrit du vide : l’échange s’y réduit à l’expression la plus simple, il est dépouillé de toute fonction sociale, il n’est plus que narcissisme jaculatoire. Une information chasse l’autre. Une discussion chasse l’autre. Tout est tourbillon, tout pousse à la nouveauté des inquiétudes et des indignations qui se multiplient comme les champignons après la pluie.

Virtualisés, les échanges favorisent même le durcissement des propos et des positions. N’est-ce pas ce qu’illustre la loi dite de Godwin ? « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche d’un ! » Les nouvelles technologies, loin d’avoir favorisé la diffusion des vertus du doux commerce, ont plutôt favorisé la polarisation. Le recours systématique à la communication a produit deux effets : d’abord, l’uniformisation des goûts, des normes, des comportements, la construction d’un espace public universel ; ensuite, le repli de l’individu sur lui-même, le repli identitaire individuel. C’est certainement ce qui explique que le gros de la population se désintéresse des questions politiques et sociales, trouvant refuge dans la consommation et le divertissement, parfois jusqu’à l’excès de la perfusion permanente. Une minorité, au contraire, défend des idées toujours plus simplistes et grossières, comme si la nuance disparaissait. Les théories du complot ne sont qu’un symptôme, habilement détournée au profit de ceux qui communient dans l’illusion des révolutions numériques. Ainsi se définit l’homo numericus : il refuse de se confronter à l’autre et reste hyperconnecté à ceux qui pensent comme lui ; la sociabilité s’étiole, car on communique d’autant plus qu’on se rencontre de moins en moins.

Voyez ceux qui veulent soutenir les Indigènes de la République et soutiennent du même coup des « identitaires », alors qu’ils les détestent quand ils sont des identitaires européens ; voyez ceux qui soutiennent les luttes des femmes et soutiennent la haine des hommes ; voyez ceux qui soutiennent les luttes contre les discriminations et soutiennent tout à la fois le retour des discriminations, quand ils excusent les réunions en non-mixité. Toutes les cyber-polémiques sont vaines : on croit y participer comme Spartacus brisant ses fers, mais on les consomme comme on s’abreuve d’un scandale, avec toute la gourmandise coupable de l’abbé qui se cache pour manger des mamelons de Vénus. Les espaces numériques recréent des salons révolutionnaires, mais la révolution demeure impensée, infertile, à peine une idée. Les discussions, les débats deviennent des querelles irréconciliables autant qu’elles sont vaines, puisqu’on aboie sans jamais mordre – et que mordrait-on, du fond de sa chambrée ? La liberté et l’égalité n’ont aucune force en ces lieux, puisque l’aboutissement est le procès de tous contre tous. Le guerrier du clavier ne craint rien, il ne met rien en jeu, et il fait de la politique comme il participerait à un quelconque jeu « massivement multijoueur ».

Et le constat s’aggrave à l’extérieur, quand on voit que le peu de l’enrôlement et de l’engagement pousse les militants eux-mêmes, en ligne si généreux de leur militantisme, qui hésitent et peinent à revendiquer leur appartenance politique ou organisationnelle auprès de leurs proches. Ceux qui voudraient s’engager, pourquoi le feraient-ils ? S’engager, c’est s’enfermer, c’est manquer d’ouverture, de pragmatisme. La société, la vie, le monde les réseaux sociaux, le zapping permanent, tout cela offre tant de possibilités, pourquoi les refuser ? Les structures pérennes, les causes défendues sur le long terme, tout ceci est considéré comme une forme d’aliénation, tout ceci conduit à des contraintes insupportables. Le réel est ce qui résiste à la volonté et la forge. Qui a le temps et la patience pour les devoirs envers un collectif ? Comment le Moi peut-il s’exprimer pleinement ? Pourquoi entraver la toute-puissance de l’individu narcissique en l’obligeant à composer avec l’Autre ?

Les réseaux sociaux et les technologies numériques ont ringardisé le militant politique, associatif et syndical, au profit d’autres figures mythologiques, comme l’Anonymous ou le slackivist. Le slacktivism, c’est l’activisme mou ; c’est signer des pétitions en ligne, relayer des informations, former des cybergroupes, appeler au boycott d’une entreprise depuis son ordinateur, mettre des « likes », des « pouces bleus ». La cause défendue importe peu, ce qui compte, c’est le moyen utilisé : moins il prend de temps, plus il est valorisé. Je clique contre une guerre, contre une loi, contre la pauvreté, pour le bonheur universel ! Souvenons-nous de cette pétition mondiale contre la pauvreté menée par l’association Action mondiale contre la faim et plébiscitée par tant de célébrités… Plus besoin d’agir, plus besoin de se mobiliser – entrer en mouvement – puisque « cliquer » suffit ! Militer en ligne devient simple, ludique, enfantin.  De nombreuses associations en ont fait leur marque de fabrique… et les adhérents actifs ont fondu comme neige au soleil.

C’est que la crise de l’engagement et la destruction des médiations sont à l’œuvre dans les espaces numériques. L’espace virtuel est un lieu où rien ne doit ni ne peut se décider : proposer d’y trouver un refuge d’où mener la lutte, la révolution, ou la contre-révolution, c’est un leurre, un piège où nos adversaires trouveront facilement de quoi nous apaiser. Et pendant que nous y serons confinés, notre engagement réel et authentique, quels fruits portera-t-il ? Car le militant virtuel, qui est-il sinon cet individu esseulé, atomisé, perdu dans une foule d’individus tout autant esseulés et atomisés ? Les associations, les partis politiques, les groupes en général sont des lieux socialisation essentiels à l’action politique. Les technologies redéfinissent en profondeur notre rapport au monde, et nous avons l’illusion de les maîtriser rationnellement. Nous pourrions y exporter sans crainte l’engagement politique : c’est un rêve. Commençons par décoloniser notre imaginaire, et revenir à l’humilité prescrite par Günther Anders « quoi que nous fassions ou que nous nous abstenions de faire, notre grève privée n’y change rien, parce que nous vivons désormais dans une humanité pour laquelle le « monde » et l’expérience du monde ont perdu toute valeur » et contre cela « il est impossible de faire grève. » C’est impossible, et les nouveaux prêtres de la religion de la technique sont là pour nous le rappeler constamment.

 

La nouvelle religion technologique

En 1836, Michel Chevalier déclarait : « améliorer la communication, c’est travailler la liberté réelle, positive et pratique… c’est faire de l’égalité et de la démocratie. Des moyens de transport perfectionnés ont pour effet de réduire les distances d’un point à un autre, mais également d’une classe à une autre. »[3]  L’homme baignait dans l’utopie technologique de son temps. Sans doute aurait-il eu toute sa place auprès de ceux qui, de nos jours, communient dans les mêmes utopies. Autrefois, concorde et paix universelle se trouvaient au bout du rail : elles sont désormais au bout des réseaux. Ce sont des mythologies rassurantes qui se construisent pour légitimer et promouvoir ces dispositifs nouveaux, pour effacer les oppositions qui s’élèvent contre eux. On ne manque jamais de rappeler que déjà, au XIXème siècle, des voix s’élevaient contre le chemin de fer : on craignait la vitesse de ces machines, on redoutait des maladies mentales ; c’était le règne de l’irrationalité et cette nouvelle technologie a fait depuis la preuve de sa bienfaisance, n’est-ce pas ? Cet argument ne vaut rien : il est systématiquement employé contre les « résistances au progrès » comme l’a bien montré l’historien Jean-Baptiste Fressoz.

La seconde moitié du XXème siècle semble avoir tendu les rapports entre les avancées techniques, scientifiques et les améliorations politiques et sociales : tout ne semble plus « lié », en tout cas le lien n’est plus une évidence. Le lien a-t-il fini par étrangler ? L’Internet et les technologies numériques ont pourtant réactivé l’idéologie du progrès ; le lexique du religieux et du sacré s’est introduit dans les discours, puisqu’il faut désormais avoir « foi » dans les technosciences. Cette utopie technologique présente toutes les caractéristiques des plus anciennes, mais elle se concrétise autour du « réseau ». Celui-ci prépare une révolution technique et sociale, puisqu’il est révolutionnaire. Celui-ci est porteur de paix et de cohésion sociale, territoriale, puisque la planète et les sociétés sont reliées, retissées entre elles. Le réseau est aussi porteur de prospérité, puisqu’il suscite l’innovation et donc la nouveauté économique. Il est également porteur d’une vision réticulaire de la société et de la politique : c’est son architecture.

Il n’est pas vain de constater que les promoteurs de ces « nouvelles technologies » sont les premiers à affirmer qu’elles sont d’une autre nature que les « anciennes » : là où les anciens progrès ont conduit à la pollution, à l’isolation, au développement des inégalités, les nouveaux progrès seront propres, participatifs, respectueux de tous, démocratiques. Ces technologies numériques sont porteuses de toutes les vertus et cette vision est en contradiction avec le discours sur la neutralité de la technique qui « présuppose que nous pouvons librement disposer de la technique », qui n’est qu’un moyen aux services des fins que nous choisissons. D’ailleurs, c’est ce qui est souvent répété : il ne faut pas incriminer une technologie en elle-même, puisqu’elle n’est ni bonne ni mauvaise, il faut incriminer l’usage qui en est fait. Voilà un poncif, une aporie qui empêche tout positionnement clair, puisque les technologies ne peuvent être à la fois neutre et porter « en elles-mêmes » un imaginaire de valeurs et de vertus. Comment prétendre par exemple que la télévision abrutit les masses quand l’Internet les émancipe, si les technologies sont neutres ?

Les pionniers de l’Internet souscrivaient à la vision émancipatrice des technologies numériques. Internet a été créé par l’armée américaine en 1969, sous le nom d’Arpanet et après les militaires, ce sont les universitaires et les pirates qui ont conçu la première expansion du réseau. Ils en ont marqué l’identité et ont frappé d’un puissant imaginaire « l’idée » internet. Ces discours ont été très importants pour l’avenir d’Internet, puisqu’ils ont imprimé « ce que l’on peut faire avec Internet et comment le faire » : l’internaute n’est pas seulement utilisateur d’informatique de réseau, d’outils de communication ou de recherche, il devient membre d’un monde social à part entière. Mais le pays enchanté des « bidouilleurs » que le Massachusetts Institute of Technology désignera comme les « hackers », verra bientôt arriver les logiciels propriétaires, et s’organisera alors la résistance contre le mercantilisme d’IBM, Microsoft et bientôt Apple. La culture « pirate » se construira en défense de l’Internet libre et fera beaucoup pour nourrir l’imaginaire associé à l’Internet dans l’esprit du vulgaire.

Dans le début des années 2000, l’usage de l’Internet se massifie, une dizaine d’années après la création du World Wide Web. Apparaît l’altermondialisme avec les nouveaux médias et la lutte se mène à l’échelle planétaire, sur le modèle du réseau. Toni Negri et Yann-Moulier-Boutang viendront conférer à ces nouveautés un cadre théorique. Quel avenir pour ces nouvelles technologies ? Elles vont abattre ou dépasser le système économique. Elles vont révolutionner le monde : c’est l’humanité qui franchit une étape nouvelle. Toutefois, loin d’accélérer la chute du « capitalisme ancien », les nouvelles technologies vont lui offrir de nouveaux territoires et même le « moderniser », le renouveler, puisqu’il pourra se parer désormais des valeurs prêtées à ces technologies émancipatrices : liberté, gratuité, horizontalité, nomadisme, participation… Désormais, toutes les forces sociales et économiques, de l’État aux multinationales, veulent mettre un écran sous les yeux de chaque individu et concourent au déferlement technologique. Où sont les mouvements d’émancipation ? quel discours critique formulent-ils ?

C’est là qu’intervient la puissance séductrice de l’utopie, puisque le discours est rôdé : seules de nouvelles avancées technologiques pourront permettre l’émancipation promise. En vérité, on vous le dit : les technologies numériques ne sont pas le problème, elles ne sont simplement pas allées assez loin. On en a dit de même du communisme, de l’Union européenne, et de tant d’autres choses. La raison serait-elle effacée derrière la croyance ? L’Internet et les technologies numériques sont une nouvelle idole. Le prêche est permanent. Certains appellent même à un « contrat social numérique » en s’appuyant sur tous les versets d’un évangile écrit par la multitude. Plus aveugles que jamais, ces nouveaux missionnaires ont foi dans les machines et rêvent, à l’instar d’Arno Münster, d’une révolution numérique en faveur d’une société égalitaire, démocratique, citoyenne, qui aura aboli tous les rapports de domination hiérarchiques et autoritaires.

Certaines personnalités politiques ont rejoint le chœur des ravis de l’écran. « Surtout, l’accessibilité et la vitesse de circulation de l’information de l’outil numérique ont permis un degré d’expression directe en contournant les schémas habituels d’expression et de partage des savoirs. D’une certaine manière, il a rendu possible l’expression de tous les sans-culottes, » à en croire Martine Billard, qui fut co-présidente du Parti de gauche. « Les révolutions démocratiques en Méditerranée l’ont confirmé de façon éclatante, mais cela vaut aussi pour d’autres causes, par milliers chaque jour. Oui, Internet aide la prise des Bastille du XXIème siècle », selon Christian Paul, qui fut président du laboratoire des idées du Parti socialiste. La plupart n’ont pas réfléchi cette question. En 2012, cinq candidats à la présidentielle ont fait la démonstration d’une belle unanimité autour des enjeux, des paris et des défis des technologies numériques. Eva Joly n’a-t-elle pas par exemple soutenu « que toute donnée produite ou financée par l’État ou un service public a vocation, sauf raison sérieuse de sécurité, à être libérée » !

Notre propos pourra paraître exagéré. Nous ne réclamons qu’un droit à la nuance. Sommes-nous encore libres de nous méfier ? Faut-il qu’en France, pays des « gaulois réfractaires », la religion de la technologie s’impose à tous ? La frénésie technophile a culminé lors des Printemps arabes, entre 2010 et 2011, a trouvé sa traduction politique dans certains partis politiques, comme le Parti pirate, mais attardons-nous un instant sur la « religiosité » de ceux qui, souvent, se réclament du matérialisme athée. Outre le vocabulaire qu’un prédicateur en mission pourrait employer, il faut constater l’extase collective que suscitent désormais, et en masse, les « nouveautés technologiques » quand celles-ci sont mises en circulation. Le dernier iPhone, la dernière application à la mode, et même tel événement relayé sur les réseaux sociaux, combien de ces faits ont déclenché, ces dix dernières années, des mouvements semblables à des pèlerinages ? Autrefois, on se bousculait sur les chemins de Rome ou Saint-Jacques, et maintenant voilà qu’on se bouscule, parfois jusqu’à la blessure ou la mort, pour attraper tel Pokémon « aperçu » à tel endroit – l’extase, incendiaire et misérable, au bout du téléphone. C’est l’avatar contemporain du « réseau », ce fait singulier de l’histoire apparu au XVIIIème siècle, qui nourrit la vision commune d’un monde où tout n’est plus que forme, comportement, information, message, communication, où tout est en mouvement, en échange, en interaction, où tout est liquide. C’est une vision du monde où tout est relation. Norbert Wiener le pressentait : tout serait « flamme et tourbillon », esprit plutôt que corps. Or, si la révolution numérique est désincarnée, le réseau est résolument terrestre, avec ses câbles sous-marins, ses fermes de serveurs, et la main de l’État qui censure.

L’information est alors la valeur suprême, sur les réseaux ; peu importe son contenu, qui n’est qu’une abstraction : seul compte la circulation, la connexion, la résonance. Cette religion des technologies numériques a ses rites qui impose de communiquer à tout prix, tout le temps, auprès du plus grand nombre. La loi, la frontière, la clôture sont à bannir, puisqu’elles sont trois notions chères aux « technophobes », et voyons comme le vocabulaire courant, pour les critiquer, témoigne d’une volonté de psychiatrisation de l’ennemi : le technophobe est réactionnaire, rétrograde, il est contre le progrès, et s’il avait existé en d’autres temps, il aurait été contre la médecine, contre la moustiquaire, contre la roue même ! Toute critique du système technicien et des nouvelles technologies vous vaut d’être immédiatement associé au pire espace de l’imaginaire collectif – le réactionnaire – puisque vous refusez la clarté des lumières technologiques et numériques. On se souvient des folles aventures de Martine Aubry qui, en 2011, insouciante tourterelle, avait critiqué les réseaux sociaux, avant de présenter ses excuses.

Il est assez amusant de constater que tous ceux qui désirent exprimer une critique des révolutions numériques se voient qualifiés de « réactionnaires » ; l’émancipation, la libération, l’égalité, l’horizontalité sont les flammes que ces technologies prométhéennes apporteraient aux hommes. Si la révolution numérique offre à toutes les forces sociales, de l’État jusqu’aux multinationales, des opportunités nouvelles pour pénétrer jusqu’aux sphères les plus intimes de la vie, nous redoutons que ce soit pour perpétuer l’œuvre de destruction des formes autonomes, de dissolution des liens sociaux. Voulons-nous d’un monde d’individus isolés, faussement reliés entre eux par l’intermédiaire de l’écran et de la machine et transformés en consommateurs de produits sans cesse renouvelés ? L’adaptation serait la vertu cardinale de notre époque. « Il faut s’adapter » est un slogan parfait, qui convoque tout à la fois Darwin, le capitalisme, le changement, la nouveauté. Comment d’ailleurs pourrait-on choisir de ne pas nous adapter, quand il nous est interdit d’examiner, de questionner, de contester même « l’évolution » des technologies numériques ? Il faut tout accepter, valider ce qui est, pour mieux préserver la liberté des peuples contre les terribles forces de la réaction.

Nous n’aurons pas cette pusillanimité. Refuser l’impératif de l’adaptation, qui soumet l’homme à la force des choses et à la logique du fait accompli, s’impose. Laissons aux pantins de la contestation, ces ravis de la révolution à gauche et à l’extrême-gauche, qui se passionnent pour les nouvelles technologies, l’illusion et l’errance. L’expérience de l’Internet, des réseaux sociaux et des outils numériques ne nous a guère engagé parmi les légions des béats numériques. L’Internet fait plutôt de l’homme un mouton parmi les autres et malgré les rêves grandioses de quelques-uns, l’Internet nous paraît répandre bien plus souvent le dilettantisme, le mensonge et le fiel dans l’esprit de ceux qui croient s’y réfugier mais s’y enferment. La cité virtuelle est un leurre, une caverne où l’amateurisme l’emporte sur l’expertise et l’expérience, où la compétence et le talent s’endorment dans l’inacceptable paresse. Pourtant le vent se lève, alors tentons de vivre.

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Bibliographie

Ouvrages

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