Introduction générale à l’industrie

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Bonsoir chers membres, je vous souhaite la bienvenue pour cette première séance de la nouvelle activité industrie, qui commence avec ce premier cycle sur les fondamentaux. Cycle qui s’étendra sur le reste de la période estivale avec un rythme d’une séance toutes les deux semaines. L’objectif général sera ici de présenter les éléments, à mon sens, constitutifs de ce qu’est l’industrie dans sa réalité la plus tangible et ce au travers de trois dimensions que sont la délimitation économique des structures, l’organisation productive de l’activité et l’objet politique du domaine.

Pour ce faire nous allons commencer avec cette première séance qui est une introduction générale. Elle vise à délimiter l’industrie en trois parties. Dans la première, nous évoquerons l’évolution du terme industrie, son image populaire ainsi que la typologie classique de différenciation des natures industrielles. Puis, nous poursuivrons avec une analyse de l’activité industrielle dans l’optique de pointer les paradoxes de la délimitation des activités de production. Et enfin, nous aborderons l’industrie en tant qu’entité économique par sa naissance et ses interactions sur le marché, le tout sous un angle emprunté à la théorie de la firme de Ronald Coase. Ceci étant expliqué, nous pouvons commencer.

Le terme « industrie »

Si pour tout un chacun il peut paraitre évident que le mot industrie c’est d’abord et avant tout, les grandes cheminées crachant de la fumée noire, de longues chaines de montage où Chaplin se voit débordé par le flux, le tout pour produire des voitures noires, aussi noires que le pétrole qui les fait se mouvoir et au moins aussi sombre que la peau des ouvriers couverts de suie qui les assemblent. En réalité, comme vous pouvez vous en douter, cette image ne caractérise pas l’industrie dans toute sa complexité, elle est même bien plus récente que le mot industrie et découle d’un sens qu’on pourrait qualifier de très moderne. Pour vous en convaincre, je vais vous évoquer brièvement un débat qui a eu lieu dans la Revue Historique, en 1925, entre Henri Sée et Henri Hauser, sur la signification de ce terme.

Figuier, L. (1860). Les merveilles de l’industrie ou Description des principales industries modernes.

Pour le premier, Henri Sée, la modernisation du mot industrie est tardive dans son apparition première, et industrie aurait donc conservé longtemps ses significations antérieures, notamment celle de l’invention, c’est-à-dire une industrie, celle de caractériser la faculté d’inventer ou de créer quelque chose, c’est-à-dire avoir de l’industrie, et enfin le sens du savoir-faire, c’est-à-dire faire preuve d’industrie. Selon Henri Sée toujours, il faudra attendre la publication en 1819 de l’ouvrage de Jean Antoine Chaptal, intitulé « De l’industrie Française » pour trouver le mot utilisé dans son sens moderne, celui de l’entité et du secteur économique, avant quoi le terme n’y aurait pas été associé selon lui. Cependant, son contradicteur de la Revue Historique, Henri Hauser, prétend lui au contraire que le sens moderne du mot industrie pouvait déjà se rencontrer dans des textes antérieurs au XIXème siècle comme par exemple chez Jean-Marie Roland de la Platière, en 1785, dans son Discours Préliminaire des Manufactures où il l’utilise notamment pour qualifier lesdites usines comme une entité générale. Le sujet porte donc ici, sur le siècle d’apparition du sens moderne et ce à quelques décennies près. Mais si nous abordons ce conflit aujourd’hui, c’est avant tout pour parler de la réponse de Paul Harsin en 1930, qui réalisera une synthèse afin de trancher modestement ce débat. Il nous fait notamment remarquer qu’au XVIIIème siècle, le mot industrie pouvait prendre en réalité trois sens différents. Le premier sens, le plus classique était celui se rapportant à l’invention, à la faculté d’inventer et au savoir-faire, il s’agit du sens le plus courant à l’époque et nous l’avons évoqué avec Henri Sée précédemment. Le deuxième sens, est quant à lui porté par le courant majeur de la physiocratie dont nous parlerons sous peu, et qui correspond à l’identification de l’industrie, au commerce, et de manière globale à l’activité qui s’inscrirait ici, en opposition à l’agriculture, on définirait alors l’industrie comme ce qui n’est pas agricole. Et enfin, le troisième et dernier sens, dit moderne, encore peu répandu ici mais existant déjà en ce XVIIIème siècle, qui qualifie l’industrie comme ce que l’on pourrait appeler l’entreprise industrielle et le secteur industriel aujourd’hui, et ce même si cela précède la popularisation du terme inscrite dans XIXème siècle. C’est par cet usage populaire que ce troisième sens s’imposera pour désigner, au travers du travail et de l’environnement ouvrier, une branche toute spécifique de la production économique, celle de la transformation des matières premières. Je rappelle également avant d’en terminer avec les origines du mot industrie, que ce dernier découle en grande partie d’une différenciation qui est faite en latin entre labor et industria. Dont le premier se rapporte davantage au labeur, au malheur et à la peine du travail en général tandis que le second s’attache plutôt comme adjectif (industrius) à l’assiduité ou au zèle du travailleur. Également, il est important de préciser que jusqu’à la première moitié du XIXème siècle, et ce de manière dégressive, le mot industrie avait un sens péjoratif complémentaire et même prédominant à celui que l’on lui connaît aujourd’hui. Il s’agit de l’idée d’habileté et d’ingéniosité, associée à celle de la ruse, liant l’industrie et même ce que l’on pourrait appeler « la petite industrie », à l’homme qui est déloyal voire même, malhonnête. On retrouve ainsi la connotation négative du qualificatif « avoir beaucoup d’industrie » ou sa version la plus péjorative « être industrieux ». On notera par exemple une expression commune qui est celle du Chevalier d’industrie, cette dernière qualifiant un individu à la moralité et aux pratiques douteuses, ou vivant de ressources procurées par des activités considérées comme malhonnêtes.

Hoffmann, K. (1957). Les Confessions de Félix Krull.

Pour quitter le registre de la langue mais poursuivre dans cette image négative que porte l’industrie, nous allons revenir sur le courant des physiocrates évoqué il y a peu. La physiocratie est une école de pensée économique, politique et juridique, née en France à la fin des années 1750 et considérée comme la mère de la science économique. Pour résumé, cette dernière connaît son apogée au cours de la seconde moitié du XVIIIème siècle, avec notamment François Quesnay, Victor Riqueti de Mirabeau ou Pierre Samuel du Pont de Nemours, néanmoins elle deviendra finalement économiquement dépassée face à la montée des échanges commerciaux internationaux et au développement du secteur secondaire. Parmi leurs travaux notables en lien avec l’industrie, on soulignera notamment une forte critique de cette dernière pour dénoncer les dangers qu’elle engendre, et ce entre autres car elle contribuerait selon eux à favoriser le développement du luxe au détriment de l’agriculture, bien plus saine à leurs yeux. Car, pour les physiocrates, la seule activité réellement productive en économie c’est l’agriculture et ce car, la terre multiplie les biens et permet donc de créer, contrairement à l’industrie qui se contente de transformer. Une graine semée produit plusieurs graines alors qu’un métal fondu reste un métal de même proportion peu importe la forme qu’on lui donnera. Ils différencient ainsi la création, de la transformation de la matière, l’une découlant de la nature et l’autre des hommes qui sont donc, en dehors de la nature et ne pouvant qu’exploiter les mécanismes naturels pour pouvoir créer quelque chose, c’est-à-dire par l’agriculture ou par la procréation. Ici, l’industrie et le commerce sont donc considérés comme des activités stériles par essence, car elles se contentent de transformer les ressources produites par l’agriculture ou plus généralement par la nature. L’industrie ne serait donc rien d’autre qu’un moule. La physiocratie distingue ainsi trois classes d’agents économiques que sont la classe des paysans, qui est la seule productive, on parle de producteurs terriens ; la classe des marchands et des industriels qui est appelée « stérile » et enfin la troisième classe, celle des propriétaires.

Quesnay, F. (1759). Tableau économique.

Malgré tout, dire que la physiocratie est la source de l’image négative que porte l’industrie encore aujourd’hui serait très exagéré. La question de la stérilité et de la fertilité de l’activité ayant perdu sens, avec la compréhension des « processus naturels » auparavant perçus avec une certaine forme de mysticisme par les physiocrates, et l’industrie s’étant intégrée à l’agriculture ainsi que dans des champs d’activité autre que la transformation de matières comme par exemple le numérique et ce qui en découle. Cette mauvaise image est donc davantage multifactorielle et ne peut découler en premier lieu que des effets de masse, donc de la culture populaire, ce qui nous amène vers les protagonistes de l’industrie que sont les ouvriers, leurs proches et la perception que le reste de la population a de ces personnes. Ainsi, il est assez aisé d’analyser que c’est bien les malheurs professionnels et personnels de ces classes ouvrières ainsi que la visibilité de ces malheurs, qui est la source de l’image négative qu’on a assignée à l’industrie. Celle qui exploite et qui brise les corps, par le poids de l’outil de production sur les épaules de la force de travail. Nous pourrions ainsi dresser une liste qui ne saurait être exhaustive tant cette image est vaste. L’industrie serait sale, bruyante, laide, décadente, triste, violente et artificielle. Elle symboliserait le capitalisme, l’exploitation des ouvriers, l’appropriation des moyens de production par des possédants, le productivisme, la pollution de notre environnement commun, un faux pas de l’histoire humaine, une véritable dystopie etc. De manière générale il y a assez peu de critiques politiques et sociales qu’on ne pourrait, en cherchant à peine, lier à l’industrie et à ce qu’elle représente dans notre imaginaire collectif. Cette esthétique d’industrie automobile ou minière si négative à nos yeux, dont l’ombre d’Henry Ford et du réchauffement climatique ne saurait se détacher aujourd’hui encore. Et même une fois les usines fermées, la faute à la désindustrialisation, on perçoit toujours ces vieux entrepôts désaffectés, ces vieilles usines délabrées, comme des lieux navrants et sans vie, plein de rouille et de malheurs, où la seule activité récente sont les tags de quelques-uns, recouvrant par la couleur, le temps, parait-il révolu, de ces véritables reliques ouvrières, à présent prise d’assaut par mère nature.

Ressource Pixabay, Photographie d’une usine désaffectée.

Et pourtant aujourd’hui, une esthétique industrielle il y en a bien une, loin de la mort et de la désolation qu’elle peut inspirer chez certains, au contraire même, chaude et rougis tel un cœur battant plein de vitalité. Je pense ici à la sidérurgie et à la métallurgie. Ce sont ces Hauts Fourneaux flamboyants de Dunkerque ou de Pont-à-Mousson, où le métal fondu coule tel l’or dans les moules forgés. Ce sont ces vastes réseaux miniers à Saint-Étienne, où l’on voyait des milliers d’hommes en bleu de travail se diriger vers les bistrots à 12:00 pétante lorsque retentissaient les sirènes. Ce sont ces chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire où l’on a sculpté les coques des navires, un goût de sel dans la bouche, non pas celui de l’amertume contemporaine mais bien celui de la marée qui vient battre les quais où travaillaient les ouvriers. Cette esthétique du ressenti humain, celle de la production de grande ampleur, par la création des grands ouvrages, réalisés sur les grands chantiers, planifiés par la grande Nation, celle voulue par les grands Hommes. Mais la question se pose : est-ce que cette esthétique flamboyante et rude à la fois trouve sa beauté pour des qualités visuelles et morales intrinsèques, ou est-ce plutôt le simple souvenir d’une période dorée révolue, celle du plein-emploi, celle d’une autre France, une France où l’on produisait beaucoup, où l’on produisait bien, une France où vous pouviez quitter l’école n’importe quand mais tout de même travailler, honorer la matière de vos mains, produire pour la patrie ? Je laisse le loisir à chacun, de se forger son opinion quant à cette question.

Dans tous les cas, l’industrie c’est tout un univers dont la caricature est aisée et la critique courante mais dont la passion, que ce soit du côté de ses adorateurs ou de ses détracteurs, est source de fortes émotions. Elle est passionnelle malgré son organisation rationnelle et lui enlever cette touche sentimentale la rendrait assurément plus terne encore que ce que le marché lui destine depuis quelques décennies. Et je prendrais pour exemple les premiers défenseurs de ces usines et de ce qu’elles représentent et ont représenté, les familles ouvrières elles-mêmes. Prenons cet exemple des verriers de Givors, qui ont lutté de toutes leurs forces pour empêcher la fermeture de leur entreprise, celle-là même qui finira pourtant par cesser son activité en 2003. Ils se sont battus pour leur métier, voulant retourner travailler, étant prêts à faire tout un tas de concessions et ce, alors que l’entreprise les empoisonnaient. Car oui, en 2009, soit six ans après la fermeture du site, on estime que sur 208 ouvriers de la verrerie, 127 sont malades ou décédés et parmi eux, on compte 92 cas de cancers. Et malgré ce drame sans nom, ces verriers ont défendu l’entreprise jusqu’à sa fermeture et ce car pour eux, c’était toute leur vie. Ils se sentaient, aussi étrange que cela puisse paraitre, reconnaissant envers cette industrie nourricière par laquelle s’exprimait leur savoir-faire. Cet amour envers l’industrie et ce qu’elle représente malgré toutes ses tares et les reproches que l’on peut légitimement lui faire, est bien représenté par ce cas. Mais même en allant au-delà des travailleurs eux-mêmes. Leurs familles et leurs proches sont les défenseurs de cette industrie malgré son image. Prenez les supporters du club de football RC – Lens, qui à chaque retour des vestiaires, en début de seconde mi-temps, chantent à l’unisson la chanson de Pierre Bachelet, Les Corons, faisant un éloge aux industries minières du Nord de la France. Le contexte ne s’y prête pourtant pas à première vue, et ces gens pour la quasi-totalité d’entre eux n’ont jamais travaillé dans les mines, mais ils ont cette nostalgie de ce que fut l’industrie, malgré ses tares, pour leurs familles et leurs territoires. Ils sont les défenseurs de cette esthétique et de cet esprit des usines dont ils sont devenus les hôtes.

RC Lens – CA Bastia, deuxième couplet de la chanson « Les Corons » de Pierre Bachelet. Stade Bollaert. 4 août 2013.

Ainsi, et avant de passer à la partie suivante pour traiter de l’activité industrielle, nous devons définir qu’est-ce qu’au final que cette industrie moderne et contemporaine qui fait trembler les uns et rêver les autres. Économiquement, d’après l’INSEE : « En première approximation, relèvent de l’industrie les activités économiques qui combinent des facteurs de production (c’est-à-dire installations, approvisionnements, travail, savoir) pour produire des biens matériels destinés au marché ». Le Larousse quant à lui nous qu’il s’agit de « l’ensemble des activités économiques qui produisent des biens matériels par la transformation et la mise en œuvre de matières premières ». À première vue cela peut paraitre un peu vague et loin de nos premières considérations de fumée noire, de suie sur les visages et de production automobile en série mais, tout comme évoqué précédemment avec les physiocrates, et en personnalisant quelque peu la définition on peut dire qu’au sens contemporain : L’industrie consiste en un ensemble de méthodes et de pratiques incarnées et maitrisés par des acteurs économiques (force de travail), qui vont s’articuler autour d’une activité productive, par la transformation de matières premières et/ou de produits semi-finis, dans le cadre d’une entité organisée et dirigée, le tout  dans l’optique de répondre à un besoin du marché ou à une demande Étatique par la réalisation de biens, le plus souvent marchands.

Ces entités industrielles que nous venons de définir, peuvent se décomposer selon la nomenclature classique, que je vais tenter de vous présenter avec, pour exemple et comme fil rouge, notre fameuse production automobile, si ancrer dans les esprits de chacun quand il est question d’industrie : en premier lieu donc, l’industrie lourde, aussi appelée industrie de base, qui concerne l’extraction et la première transformation des matières minérales, on y retrouve notamment l’industrie sidérurgique, qui dans notre exemple va nous donner la carrosserie de la voiture. Ensuite, il y a l’industrie légère, cette dernière transforme les produits issus de l’industrie lourde en produits finis ou semi-finis, il s’agit le plus souvent, comme son nom le suggère, d’une production de composants qui sont d’envergure plus modeste, dans notre exemple cela pourrait être la conception d’un moteur pour la voiture. Dans la continuité, nous avons l’industrie de transformation qui elle fabrique des biens d’équipement ou de consommation dits « finis », dans notre exemple c’est elle qui est chargée d’assembler la voiture à partir de ce que lui aura fournie l’industrie lourde et légère, la transformation n’étant ici qu’un assemblage. Enfin, il y a également l’industrie dite de pointe, qui fait appel à la technologie et aux progrès scientifiques les plus récents, on l’appelle aussi industrie de haute technologie, elle est donc par essence temporaire dans son existence. La technologie continuant d’évoluer, ses membres étant destinés à intégrer les trois types d’industries précédents une fois que la technologie employée sera maitrisée par un grand nombre d’acteurs sur le marché, lors de ce que l’on pourrait appeler une phase de maturité technologique en somme. Dans notre exemple l’industrie de pointe correspondrait donc à l’intégration du GPS sur notre voiture. Précisons cependant, que la principale faille de cette grille de lecture, est la caractérisation de l’industrie énergétique qui se confond entre les différents types selon sa nature et son activité, qu’elle relève de l’extraction, de la transformation ou du stockage par exemple. Cependant, cette grille est généraliste et n’ambitionne pas à intégrer tout le détail de la classification-type des industries selon l’ONU, qui cherche elle à dénombrer toutes les activités productives sur le marché selon leurs filières, ce que nous ne ferons pas ici. Enfin, nous conclurons cette partie en rappelant que si l’industrie caractérise en premier lieu une entité ou un secteur d’activité, on l’utilise également pour parler de ce qui l’entoure, que ce soit les méthodes d’organisation, l’environnement de travail, les caractéristiques du bien produit etc.

L’activité industrielle

Maintenant que nous avons tous en tête ce vers quoi renvoi le terme industrie, une nouvelle question se pose, comment caractériser une activité industrielle ? Et surtout, comment la différencier des activités qui ne seraient pas industrielles ? Généralement on s’entend pour dire qu’une activité industrielle c’est la production, c’est-à-dire concevoir un bien à partir de matières premières et faire, comme diraient nos amis physiocrates, de la transformation des ressources par l’homme et ses outils. La production en soit serait alors une activité économique, exploitant les ressources du travail et du capital, appelées ici facteurs de production, dans le but de réaliser des biens. Je précise d’avance que nous exclurons ici volontairement les services de l’équation pour rester concentrer sur la fabrication qui elle, est tangible. La production est donc l’action d’un agent, qui utilise des éléments matériels pour permettre l’existence d’un nouvel objet, par l’apport de sa valeur ajoutée issu de son savoir-faire. Mais alors, comme vous pouvez vous en douter, si il suffisait de produire pour être une industrie, un écrivain serait un capitaine d’industrie tout comme un fermier serait un ingénieur industriel ? C’est pourquoi, comme indiqué dans la définition du paragraphe précédent, il est nécessaire d’aborder les méthodes utilisées, l’entité formalisée et la finalité recherchée pour caractériser l’industrie. Mais avant de développer les frontières générales, si il y en a, de l’activité industrielle, nous allons expliciter le fonctionnement global de cette dernière, par des exemples illustrés d’un même jargon et ce pour en faire ressortir les particularités.

Production naturelle de fruits : La matière première est acheminée par la faune et la flore (autochorie, anémochorie, hydrochorie, zoochorie) pour être intégrée à l’outil de production qui est la terre. Cet outil va ensuite transformer la matière première en bien non-marchand que sont les fruits et ce par un mécanisme biologique. Pour que la terre fonctionne efficacement, la maintenance de cet outil de production sera nécessaire. Cette maintenance sera effectuée par la météo et l’ensemble de l’écosystème qui vont optimiser l’efficacité de cette terre et assurer son rendement. En ce qui concerne le stockage de ces biens non marchands, il sera assuré par la température ainsi que les diverses conditions environnementales et ce de dans l’optique de conserver la production, c’est-à-dire les fruits.

Production agricole traditionnelle de céréales : La matière première est acheminée par l’agriculteur pour être intégrée, c’est-à-dire plantée, dans l’outil de production qui est la terre. Cet outil va ensuite transformer la matière première en bien marchand que sont les cultures céréalières et ce par un mécanisme biologique. Pour que la terre fonctionne efficacement, la maintenance de cet outil de production sera nécessaire. Cette maintenance sera effectuée par l’agriculteur, la météo et l’ensemble de l’écosystème, au travers d’une intervention humaine visant à compléter l’environnement de travail, et ce en mimant l’action de cet environnement de maintenance afin d’optimiser l’efficacité de la terre et assurer son rendement. En ce qui concerne le stockage de ces biens marchands, il sera assuré là encore par l’agriculteur, la température ainsi que les diverses conditions environnementales, dans la même logique que celle de la maintenance, avec l’optique de conserver la production, c’est-à-dire les céréales.

Production artisanale traditionnelle de meubles en bois : La matière première est acheminée par l’artisan pour être intégrée à l’outil de production qui n’est autre que lui-même. Cet outil, c’est-à-dire l’artisan, va ensuite transformer la matière première en bien marchand que sont les meubles en bois, grâce à son seul travail manuel. Pour que cet artisan puisse fonctionner efficacement, la maintenance de cet outil de production, c’est-à-dire lui-même, sera nécessaire. Cette maintenance sera effectuée par le maintien d’une bonne santé physique et mentale (alimentation, sommeil, soins, épanouissement etc.) qui vont optimiser son efficacité et assurer son rendement. En ce qui concerne le stockage des biens marchands, il sera assuré par l’artisan qui aura imperméabilisé les produits aux contraintes extérieures avant de les mettre sous conditionnement jusqu’à la livraison, avec l’optique de conserver la production, c’est-à-dire les meubles.

Production manufacturière de vêtements : La matière première est acheminée par les ouvriers pour être intégrée, dans l’outil de production, qui est la machine à coudre à usage manuel. Cet outil va ensuite transformer la matière première, avec l’aide de l’ouvrier, en bien marchand que sont les vêtements. Pour que la machine et l’ouvrier associé fonctionnent efficacement, la maintenance de ces outils de production sera nécessaire, elle sera assurée par un ouvrier qualifié en mécanique pour la machine, ainsi que par le maintien en bonne santé pour l’ouvrier opérateur (comme pour l’artisan) et ce afin d’optimiser l’efficacité des outils et assurer leurs rendements. En ce qui concerne le stockage de ces biens marchands, il sera assuré par l’ouvrier et la machine et ce de dans l’optique de conserver la production, c’est-à-dire les vêtements.

Production industrielle par impression 3D : La matière première est acheminée par le salarié pour être intégrée, dans l’outil de production, c’est-à-dire l’imprimante 3D, outil qui va ensuite altérer la matière première pour ensuite l’acheminer lui-même à la partie production. Cette machine va ensuite produire en transformant seule la matière première en bien marchand de forme variable. Pour que la machine fonctionne efficacement, la maintenance de cet outil de production sera nécessaire. Cette maintenance sera effectuée par un salarié et un logiciel informatique afin d’optimiser l’efficacité de l’outil et assurer son rendement. En ce qui concerne le stockage de ces biens marchands, il ne sera pas nécessaire par essence, car la production étant automatisée et visant à créer des biens de remplacement dès qu’un besoin apparait, son lancement se fera sans intervention directe, depuis le logiciel de gestion.

Nom

Matière première

Production

Maintenance

Stockage

Germination

Nature

Nature

Nature

Nature

Agriculture

Homme

Nature

Nature
Homme

Nature
Homme

Artisanat

Homme

Homme

Homme

Homme

Manufacture

Homme

Homme
Machine

Homme

Homme
Machine

Industrie 4.0

Homme
Machine

Machine

Homme
Machine

Machine

Récapitulatif des actions à partir des exemples

Comme vous pouvez donc le constater, notamment par l’usage d’une terminologie commune,  nous trouvons une similarité de fonctionnement dans la décomposition des principaux éléments constitutifs des systèmes de transformation, ceux nécessaires à l’articulation de la production. Il s’agit toujours d’apporter des ressources, de les transformer, de s’assurer que l’outil de transformation puisse fonctionner et au cas par cas de stocker les biens résultants si nécessaire. Néanmoins une question se pose, qu’est-ce qui différencie donc les activités évoquées ? Lesquelles sont industrielles ? Comme nous pouvons le voir avec le tableau, les acteurs changent mais pas le fonctionnement lorsqu’il est analysé. Nous tombons alors dans le paradoxe de l’organisation productive de l’industrie, que nous allons tenter modestement d’éclairer. Il serait en premier lieu aisé de dire, que la question n’a pas lieu d’être, car cette grille d’analyse est faite par des hommes, que l’on applique cette dernière à des lois physiques et qu’en conséquence elle n’a pas à s’appliquer à tous les processus de transformation. Or, à partir du moment où l’on veut analyser l’ensemble des système où l’homme intervient, il est cohérent de vouloir les mesurer avec des outils interprétables par les hommes, que ce soit dans une logique d’optimisation ou de simple compréhension. Ne serait-ce que pour évaluer ou à minima constater des résultats de manière autre que le simple sentiment de satisfaction, ce dernier étant davantage sujet aux biais anthropologiques. On pourrait alors décider, de commencer par exclure les processus naturels sans interventions humaines de l’équation, n’étant à priori que le déroulement de la vie par la faune et la flore, homme exclut. Toutefois, on pourrait rétorquer qu’il est possible d’étudier ces mécanismes avec les mêmes outils, sans pour autant vouloir par la suite y appliquer quoi que ce soit. La germination par exemple, étant par essence un processus sans emprise humaine, cela deviendrait autre chose dès la première intervention qui dépasserait la simple mesure, rapprochant ainsi l’agriculture traditionnelle de la production fruitière non-humaine en altérant sa nature profonde.

Ceci étant dit, dès que l’on entre dans cette question de l’agriculture justement, on arrive à cette question de son industrialisation. Car il est clair qu’à partir du moment où les tâches y sont divisées et mesurées, que l’on y calcule des rendements, que l’on y ajoute des outils à actions de moins en moins manuelles, que l’on y planifie la « production », que l’on y utilise des pesticides de conservation etc. Et de manière générale, à partir du moment où l’on essaye d’augmenter son niveau de maitrise sur son environnement de transformation, par des outils inventés par l’homme, et par l’accompagnement voire la substitution des processus naturels par des processus artificiels. Alors il est cohérent de se poser la question : Où est la frontière de l’industrie ? Nous ne tomberons pas cependant dans le travers qui consisterait à dire, qu’est industrie toute application de lois physiques existantes, toute activité ne devenant dès lors qu’une forme de mimétisme du naturel. Car cela ne serait ici, une fois plus, que la volonté de vouloir régler la question à partir du terme flou de « nature » et donc, à la question ardue de la définition de l’industrie, se pencher à la place sur celle encore plus complexe de définition des limites du naturel. Sans y tomber donc, nous acterons simplement le fait que l’action de transformation appelle à des mécanismes physico-biologiques qui régissent chaque production, de la fabrication du pain, au séchage du cuir, jusqu’à l’action de fonte puis de solidification du métal à forte chaleur dans l’industrie lourde. L’intervention humaine entrant alors légitimement dans ces mécanismes et les permettant même pour beaucoup, nous en arrivons donc à la comparaison ultime des processus industriels, celle qui divise, la question de l’artisanat.

Qu’est ce qui différencierait l’industrie de l’artisanat ? Ou du moins, avec d’autres termes, l’usine de l’artisan ? Prenons un cas simple : Un artisan fabrique des chaussures, il travaille seul, il réalise tout manuellement avec des outils ne nécessitant rien d’autre que de l’huile de coude et il lui faut disons dix-huit heures de travail pour réaliser une paire de chaussures. La plupart s’entendrait pour dire que l’activité de cet artisan ne relève pas de l’industrie. Toutefois imaginons, si cet artisan embauche quelqu’un et divise donc l’élaboration de la paire de chaussures en deux, soit neuf heures de travail chacun. Est-ce toujours de l’artisanat ? Et si ils sont trois, quatre, cinq, six ou plus encore ? Si l’on arrive à une configuration où une dizaine de personnes travaillent dans l’atelier pour un total de moins de deux heures de travail chacun par paire de chaussures, décomposant ainsi les tâches, chacun se répartissant disons douze étapes des 120 nécessaires à la production desdites chaussures. Alors là, la plupart s’entendrait pour dire qu’il s’agirait d’une industrie, une manufacture en l’occurrence, et non plus de l’artisanat étant donné qu’ils sont dix employés à se diviser un même ouvrage. Le nombre de personnes intervenant serait donc un critère car il diminuerait la part de savoir-faire employé dans l’acte de production. Supposons alors un autre cas où il y aurait cent personnes qui travaillent dans une même entité mais que chacun travaille uniquement sur une seule paire de chaussures. Chacun faisant donc ses 18 heures de travail par produit et les 120 étapes qui y sont associé. Cependant il s’agit bien ici d’une entreprise commune, avec cent personnes, une marque pour le produit ainsi qu’une organisation générale régissant le tout. Là encore, on considérerait surement que c’est trop industriel pour être de l’artisanat, non pas par la division du travail qui est ici absente, chacun effectuant l’intégralité des tâches seul mais bien parce que la taille de l’entité serait cette fois trop grande et qu’il s’agirait donc d’une entité industrielle. Prenons alors un autre cas, l’exemple opposé. Une personne seule fabrique des martinets dans son garage, il lui faut six minutes par martinet et seulement quatre étapes de fabrication. Ladite personne en fabrique soixante-dix par jour, ils sont identiques en tout point et réalisés à répétition. Cette personne utilise toujours les mêmes matériaux, commandés aux mêmes fournisseurs, ne personnalise jamais son travail, et ne dépend pas des facteur naturels ou de son environnement de fabrication pour sa production. Il s’agit donc ici d’une production méthodique en série à un niveau individuel, la question se pose encore, est-ce que l’on est toujours sur de l’artisanat malgré tout ? Si oui, est-ce que le facteur manuel en est la raison ? Et alors si c’est le cas, pourquoi la manufacture ne serait pas davantage de l’artisanat alors qu’elle réalise, le plus souvent, des produits plus complexes et mobilisant plus de savoir-faire que cet « artisan » du martinet ? Dans le cas contraire, et actant le fait que le nombre d’acteurs n’est pas une variable pertinente, on pourrait alors supposer qu’il est en réalité question de polyvalence des compétences. L’artisan serait celui qui maitrise un processus de production long et complexe de A à Z, le différenciant de l’ouvrier qui lui est spécialisé pour certaines tâches uniquement. Et pourtant. Le cas des ouvriers qualifiés est un classique et on sait pertinemment que ceux qui restent longtemps dans la même industrie vont, à force de changer de poste ou d’apprendre, finir par connaitre malgré tout l’ensemble du processus de production. Simplement, de par leurs postes, ils n’appliqueront cette connaissance que sur une partie des étapes et ce dans une logique de rendement par division du travail. On serait alors face à un technicien devenu artisan malgré lui et ce sans jamais avoir réalisé un seul produit de A à Z. Les plus bornés pourraient alors rétorquer que l’artisan c’est celui qui fabrique des biens complexes, tout seul, dans une petite entité et étant polyvalent. Ce à quoi il suffit de répondre, que n’importe quel artisan prenant sous son aile un apprenti et le faisant intervenir dans son processus de production perdrait sa valeur d’artisan, ce qui n’a aucun sens.

Là où je veux en venir avec ce raisonnement et ces questions successives, c’est que l’on ne peut pas différencier quantitativement l’industrie de l’artisanat, sans quoi nous arriverions à une définition décevante où l’artisanat ne serait plus qu’une étape préalable à l’industrie, une forme immature de production. Je m’explique. Avec ce raisonnement où l’on cherche à différencier techniquement industrie, d’artisanat, on en vient à une grille de lecture qui comparer la manière de travailler entre les deux, qui sont différentes, et ce à partir de critères de performances, qui eux sont identiques. C’est-à-dire produire à un niveau de qualité donné, le maximum de biens, dans le cadre d’une réponse à un demande marchande, en rationnalisant la production et les stocks en fonction du calendrier de livraison. Sauf qu’avec ce prisme, on ne peut en arriver qu’à la conclusion que l’artisanat est une forme d’industrie. Une forme trop peu optimisée, laissant trop de place au hasard, baissant ainsi sa performance évalué par les prétendus critères communs. Et ce car l’artisan le plus souvent, est celui qui ne rationnalise pas ses tâches, qui ne décompose pas son processus de fabrication, qui dépend d’éléments extérieurs environnementaux plutôt que de les maitriser, qui ne parvient pas à faire manuellement des produits complètement identiques etc. Or, il faut comprendre que cette pseudo immaturité, cette forme qui serait embryonnaire de l’industrie, c’est en réalité une volonté dont l’organisation productive de l’artisan découle. Une volonté de ne pas tout maitriser. Une volonté de laisser place à ce que l’industriel appellerait « incertitude ». Cela peut être pour diverses raisons : un sens de la tradition, un désir de réalisation manuelle poussée, une envie de polyvalence,  une recherche de simplicité et d’authenticité etc. Le boulanger travaillant sa pâte seul et la faisant cuire dans un four ancien sur pierre chaude, il se rend dépendant de son environnement et se place dans l’incapacité des réaliser des produits identiques en fonction des jours et des conditions qui le dépassent. Effet d’autant plus vrai, si ses propres fournisseurs d’ingrédients ont la même démarche artisanale que la sienne, rajoutant un facteur aléatoire supplémentaire, dans ses matières premières prochainement transformées et étendant ainsi l’incertitude.

On pourrait alors déduire que le facteur production se caractérise par la problématique de l’incertitude et que la réponse que l’on y fait, diffère selon l’approche. L’artisanat aurait comme réponse l’adaptation de l’artisan à ces incertitudes, par le savoir-faire, la polyvalence et la force de l’habitude. Alors que l’industrie aurait comme réponse la minimisation de cette incertitude, en altérant, réduisant ou supprimant chacune d’entre elles pour adapter l’environnement de travail à la production, plutôt que d’adapter la production à l’environnement de travail comme le fait généralement l’artisan. Ce serait donc en réalité, une différence qui se base sur la volonté ou non de s’adapter aux contraintes extérieures, contraintes qui sont des incertitudes. Donc la différence serait la gestion de ces incertitudes par la maitrise ou l’acception de son environnement productif brut. Prenons un exemple qui, je l’espère, résonnera en vous. Pour cela je vais vous demander de penser à quelqu’un de votre entourage qui cuisine régulièrement, et je prendrais quant à moi l’exemple d’une mère qui cuisine souvent pour son foyer. Cette maman donc, est connue et reconnue, dans son quartier et dans sa famille, pour réussir parfaitement un certain plat, disons ici le coq au vin par exemple. Et bien, pour en arriver là, c’est par l’expérience, à force de préparations, que cette dernière à maitriser sa recette du coq au vin. Tâtonnant pour la quantité des ingrédients, c’est-à-dire les matières premières, pour les méthodes de préparation et les temps de cuisson, c’est-à-dire la production, pour les ustensiles et leur préparation, c’est-à-dire la maintenance, et pour la bonne conservation du plat ainsi que le temps nécessaire à sa réalisation, c’est-à-dire le stockage. Et c’est ainsi que, après dix ans de préparations ponctuelles, et sans volonté aucune de maitrise à l’origine, tout a changé. Le processus de fabrication est à présente écrit très précisément dans un livre, sous la forme d’une recette, qui n’est rien d’autre qu’une décomposition des tâches où tout est quantifié et mesuré. Les fournisseurs d’ingrédients sont toujours les mêmes pour réduire l’incertitude, en sachant exactement où obtenir les meilleurs produits pour ce plat, le tout adapté en fonction des saisons, par modification planifiée de la recette ou conservation d’ingrédients hors saison. Toute cette rationalisation à réduit les écarts, le plat étant de plus en plus similaire entre chaque repas où il est préparé, repas qui par ailleurs sont prévus à des créneaux formalisés, disons un coq au vin toutes les deux semaines et ce par la réduction des facteurs aléatoires et par la maitrise du processus. Les tâches sont parfois mêmes décomposées, les enfants travaillant en cuisine pour aider aux étapes les plus simples de la recette et ce pour livrer des repas, qui sont d’ailleurs de plus en plus gros, à la famille et aux amis ayant eu vent du talent de la mère, la production augmentant donc pour y répondre. Au final, peut-être même que de ce petit succès, cette mère ouvrira un restaurant ou publiera sa fiche d’instruction, aussi nommée recette, sur marmiton pour qu’un néophyte plein d’industrie puisse appliquer le processus et profiter de ce savoir-faire formalisé sous formes d’instructions. Ici dans cet exemple que je crois très parlant, cette mère, applique des méthodes industrielles pour une activité du quotidien qu’est la cuisine et sans volonté à la base de les appliquer. D’ailleurs si vous le lui demandez, il y a très peu de chance qu’un rapprochement soit fait un jour dans sa pensée avec l’industrie. Cette démarche est itérative, et nous aurions pu prendre l’exemple d’une mère qui adapte sa cuisine complètement en fonction des saisons, de son environnement, des envies, de son instinct etc. Dans une démarche plus artisanale, nous en serions arrivés au même résultat. C’est-à-dire que ces deux méthodes sont rependues en dehors de la production entrepreneuriale marchande et qu’elles se forment naturellement dans nos habitudes, les actes du quotidien, en passant par les loisirs ou toute forme d’actions répétées. Que l’on s’adapte aux choses ou que l’on adapte les choses à soi, on fait simplement preuve d’une forme d’organisation, on pourrait même dire, en référence notre première partie, que l’on fait preuve d’industrie.

C’est pour ces raisons que l’on ne peut différencier l’industrie de l’artisanat sur un plan strictement technique, quantifiable et mesurable car il s’agit d’une différence profondément qualitative qui est celle de la démarche. Ainsi, toute tentative de délimitation estimée par des calculs serait un échec, l’artisanat est un art consistant à produire de ses mains sans pour autant dominer. On le reconnait donc non pas sur la base d’une définition ou d’une délimitation stricte, mais bien sur base de notre ressenti quant à la démarché dudit producteur. L’artisanat est un concept alors que les artisans sont des personnes. Et tout comme il est parfaitement cohérent de considérer, que laisser une place à l’incertitude et aux processus naturels, apporte une valeur ajoutée à la production, ne serait-ce que par l’unicité que cela confère aux biens résultants. Il est tout autant vraisemblable de considérer, que la frontière entre industrie et artisanat est qualitative et découle d’une simple volonté, loin d’un quelconque degré de maturité productive.

L’industrie en tant qu’entité économique

À présent, et après avoir abordé le terme industrie et l’activité industrielle, nous allons désormais analyser l’industrie sous la forme d’une entité économique. Pour cela, nous allons devoir entrer quelques peu dans la science économique et ses concepts, pour résumer la caractérisation de l’industrie dans cette discipline. Il y a avant toute chose deux grandes approches en économie. D’un côté celle souvent qualifiée de libérale par certains, avec les classiques, les néoclassiques et d’autres qui, à l’origine et jusqu’à très récemment, ne traitaient pas de l’industrie comme entité, lui préférant simplement une modélisation du marché composé d’agents individuels. Cette approche est donc celle contenant la plus d’hypothèses restrictives, dans une optique de pouvoir faciliter la réalisation des études qui en découlent, empêchant cependant de traiter de la première question industrielle, c’est-à-dire celle de la transformation des ressources du marché par le travail et son articulation. En opposition à cette approche classique donc, nous avons les approches dites hétérodoxes, connues comme les plus connectées aux questions sociales, disposant de peu d’hypothèses, les rapprochant davantage d’une réalité tangible au détriment de la modélisation pratique. Ces dernières abordent donc les industries en tant qu’entités sur le marché, c’est-à-dire les firmes, nous permettant ainsi de nous en saisir. La conférence de l’Activité Industrie d’aujourd’hui n’étant qu’une introduction générale, nous ne détaillerons évidemment pas chacune de ces théories. Toutefois, il est essentiel pour appréhender ce qu’est l’entité industrielle sur le marché en économie et également comprendre, comment nous la considérerons lors des prochaines séances de l’activité, de revenir à l’article fondateur de Ronald Coase intitulé « La Nature de la Firme »,  publié en 1937. En soit, il ne s’agit pas ici d’un article impressionnant par son niveau de technicité, son degré de précision ou ses données utilisées, mais bien par son caractère fondateur, ce dernier ayant inspiré plusieurs milliers de publications scientifiques et ayant été rédigé par une personne qui a reçu le prix en mémoire d’Alfred Nobel en économie.

L’article nous dit la chose suivante :  Sur un marché à l’état le plus pur, nous sommes tous des agents individuels, qui produisent et qui consomment. Pour ce faire, nous passons notre temps à faire des transactions. Prenons l’exemple d’un garagiste seul. Il effectuerait alors des transactions auprès d’un comptable, auprès d’un communicant, auprès d’un manutentionnaire, auprès d’un vendeur et d’autres, en plus des transactions pour sa propre activité mécanique. L’agent seul, le garagiste ici, passerait donc littéralement son temps à réaliser des transactions sur le plan économique, c’est-à-dire à dire passer des contrats marchands (sur le plan juridique), et ce avec chacun des intervenants du marché dont il pourrait rechercher la contribution, même minime et occasionnelle. Or, non seulement ces transactions représentent chacune individuellement un coût par leur prix, mais elle le représente également par la recherche, la formalisation et l’optimisation desdites transactions. C’est-à-dire qu’il faut en premier lieu trouver les offres pour les transactions nécessaires, les comparer, choisir les meilleurs, entrer dans les détails et faire un choix. Puis il faut négocier les caractéristiques marchandes, trouver un accord, les formaliser sous forme de contrat et enfin veiller à leur bonne application jusqu’à échéance. Et on ne compte même pas ici les éventualités d’abandon en cours de ce processus, ce qui nécessiterait de recommencer les opérations, ou même les éventualités de ruptures et litiges en cas de problème de respect des termes de la transaction. Enfin bref, vous l’aurez compris, les étapes d’une transaction ont de multiples coûts. Le simple fait d’y consacrer du temps coute de l’argent, que cela soit réalisé par l’entrepreneur lui-même qui pendant ce temps ne produit plus, ou par quelqu’un avec qui nous avons fait une transaction pour justement le faire ponctuellement à notre place, une transaction pour gérer les autres transactions en somme mais ne faisant que déplacer la question pécuniaire. C’est donc ce que l’on appelle ici en théorie de la firme : Les coûts de transactions. C’est-à-dire tout ce qui s’ajoute au bien ou au service lors des échanges marchands entre les agents. Ce sont tous ces frais qui incombent aux agents individuels sur un marché imparfait, où chacun est un entrepreneur seul qui doit lui-même réaliser les transactions et les articuler, ce qui engendre des coûts.

Partant de ce constat, faire des transactions coute de l’argent unitairement, donc pour en économiser, limiter le nombre de transactions semble la solution la plus logique. Évidemment la solution ici ne sera pas de tout faire seul, les coûts de transactions seraient alors remplacés par une diminution de la production avec la nouvelle allocation du temps. La solution qui a naturellement découlé de ce problème de marché, et c’est le nom de la théorie, c’est la création de firmes, c’est-à-dire dans notre cas d’industries. En effet, en fondant une industrie,  les agents économiques se regroupent entre eux afin de ne plus avoir besoin de passer d’innombrables transactions sur le marché, les remplaçant par une seule transaction en interne, celle du contrat d’entreprise, donc d’un contrat marchand par le salariat. Plutôt que de passer mon temps à faire travailler avec moi tout un tas d’acteurs indépendants, dans d’innombrables structures atomistiques, créons directement une entreprise, donc ici une industrie. La création de l’entreprise serait donc sur le marché une simple rationalisation des coûts de transaction par le salariat. Cette entreprise aura par exemple, directement en interne, son service communication, comptabilité, qualité, recherche et développement et bien d’autre, remplaçant l’usage permanent du marché. Et pour tout ce que l’entreprise ne possède pas, ou pas encore, dans sa structure, par exemple un service de nettoyage des locaux, et bien là elle passera par une transaction classique, sur le marché, c’est-à-dire de la sous-traitance, l’action de faire faire à autrui. Ainsi, avec ce système de regroupement des acteurs en industrie, le prix pour chacune des actions de production de valeur ne sera plus le tarif sur le marché, c’est-à-dire salaires, cotisations sociales, coûts de transactions externes et marge commerciale, mais plutôt celui en interne, c’est-à-dire salaires, cotisations sociales et coûts de transaction interne. Ainsi des économies de coûts pourront être réalisées de manière directe et intrinsèque à ce changement par la simple évolution de la démarche, faisant directement disparaitre la marge commerciale qui est évidemment absente des transactions en interne, et ce en comptant également sur l’infériorité supposée des frais de gestion des transactions à l’intérieur de la firme par rapport à ceux pour les transactions sur le marché classique. C’est ici la première baisse des coûts de transaction que l’on peut observer sur le graphique avec le marqueur 1, celui de la formation d’une firme sur le marché. Par la suite, l’industrie continuant de s’agrandir, elle continue de développer des services en interne, réduisant toujours plus son nombre de transactions à réaliser sur le marché, par le nombre de services à disposition dans sa structure ainsi que le niveau de maturité croissant (efficacité) de ces derniers. Dans le même temps sa structure étant toujours suffisamment petite et flexible, ses frais de gestion sont encore très compétitifs et des économies sont donc automatiquement réalisées par la forte de baisses des coûts de transaction externes au travers l’internalisation des services recherchés, c’est le marqueur 2.

Et pourtant, si l’effet était toujours croissant, ou au moins constant, il suffirait de faire grossir la firme indéfiniment pour réduire toujours plus ses coûts et on attendrait, patiemment, le moment où il ne resterait qu’une seule entreprise pour s’occuper de toute l’activité économique mondiale. Vous l’aurez compris cela ne fonctionne pas ainsi et le rythme de la courbe des coûts de transactions finit par connaitre, une décroissance de son rendement, accompagnant l’agrandissement de la structure jusqu’à un point de rupture. Ce point, représenté sur le graphique par le marqueur 3, inscrit le moment où les coûts de transactions internes cessent de descendre et commencent même à monter, et ce avec l’agrandissement de la structure industrielle. La raison est la suivante : Cette firme a, par sa taille notamment, de plus en plus de difficultés à articuler ses actions, à planifier son activité et à coordonner ses innombrables acteurs et ce à cause d’une organisation en interne de plus en plus complexe, ressemblant au final à une nouvelle zone de transactions, un véritable petit marché dans le grand marché. C’est ainsi que les frais de gestion en interne commencent à ressembler aux coûts de transactions sur le marché clasique, dans le sens où, leurs valeurs financières commencent à se rapprocher plutôt qu’à s’éloigner. Des problèmes similaires à ceux du marché commencent voir le jour dans cette grande firme : Des salariés qui ne se connaissent pas, des logiques concurrentes entre les services de la même entreprise, des démarches administratives complexes, des impossibilité d’action dues à la hiérarchie, des asymétries d’informations entre les acteurs, des développement des ceux qu’on appelle les planqué, la généralisation des processus régissant chacune des actions non-productives etc. Ces industries, devenues marché dans le marché, arrivent même dans certains cas à commercer avec elle-même, appliquant une marge entre ses propres entités. Le point culminant de ce paradoxe organisationnel étant au final, le moment où il devient plus couteux réaliser une opération que de la réaliser sur le marché classique, ce qui est à l’opposé des raisons mêmes de l’émergence des firmes sur ce marché, c’est ce que l’on voit représenté sur le graphique par le marqueur 4. C’est-à-dire le moment où il devient, pour des activités de plus en plus nombreuses, moins cher de faire appel au marché que de les réaliser en interne dans l’entreprise. Ce moment où il faut mieux sous-traiter que faire appel à son propre service. Avec les mots de Ronald Coase cela donne, « une firme tendra à croitre jusqu’à ce que les coûts d’organisation d’une transaction supplémentaire à l’intérieur de la firme deviennent égaux aux coûts encourus dans la réalisation de la transaction au moyen d’un échange sur le marché ouvert ou aux coûts d’organisation dans une autre firme » (La Nature de la Firme). Par cette phrase de Ronald Coase, ainsi que la finalité de notre graphique, nous ouvrons à présent le champ de l’organisation des structures industrielles, avec notamment la question de la division du travail et plus précisément celle de la sous-traitance.

Est-ce qu’une entité industrielle se limite à son entité juridique ? C’est-à-dire est ce qu’une industrie est limitée à son entreprise ? La question peut paraitre étrange mais elle se pose dans une logique de division du travail étant donné que, la sous-traitance pourrait être considérée comme : Une autre forme de la relation salariale. En effet, si l’on considère que l’employé effectue des tâches à destination de l’industrie, pour des raisons économiques qui sont un échange d’argent contre sa force de travail, le tout régie par un contrat de travail. Alors le sous-traitant, qui effectue des tâches à destination l’industrie, pour des raisons économiques qui sont l’échange d’argent contre sa force de travail, le tout régie par un contrat marchand. Qu’est ce qui le différencie du salarié si ce n’est la nature de son contrat ? Et vu que la question ici n’est pas légale mais bien économique. Ce sous-traitant fait bien partie de la base industrielle productive de la firme, et donc de ladite industrie. Il produit, une relation de confiance existe bel et bien, des termes régissent la relation etc. On pourrait donc légitimement considérer que le sous-traitant est un salarié sans la sécurité du contrat de travail, précarisé par les termes contractuels marchands, dont la tâche est par exemple davantage encadrée que celle du salarié à cause d’un cahier des charges plus stricte, le tout en échange d’une marge commerciale du sous-traitant, qui n’est d’ailleurs pas reversé à l’exécutant dans la majorité des cas. Ainsi ces grandes firmes, dont les coûts de transaction externes sont redevenus plus intéressants que les coûts de transaction internes à sa structure, vont avoir énormément recours à la sous-traitance, que ce soit par des consultants, des agents de maintenance, des organismes évènementiels etc. Masse salariale qui ne rentrera pas dans l’effectif compté de l’entité industrielle, pour des raisons juridiques, alors que la présence économico-productive elle, est incontestable et fait partie intégrante de ce que nous appelons ici, entité industrielle. Cette question étant traitée revenons à notre problématique suggérée précédemment par l’évocation du paradoxe des grandes firmes : Pourquoi ces dernières continueraient d’exister si leur raison économique n’a plus lieu d’être ? Avant d’y répondre précisons cependant une chose. Ici nous n’avons aborder les firmes qu’à travers l’article de Ronald Coase formalisant les coûts de transactions. Toutefois, non seulement cette première séance n’est qu’une introduction générale et nous n’y synthétisons pas tous les travaux contemporains sur les firmes. Mais en plus, la raison du maintien de ces firmes n’est pas qu’économique, et encore moins limitée aux simples coûts de transaction. Il y a évidemment des raisons politiques, auxquelles s’ajoutent d’autres concepts économiques comme celui par exemple des économies d’échelle. C’est-à-dire que les industries augmentant leur capacité de production en grandissant, elles peuvent produire davantage de biens, réalisant ainsi des économies sur les coûts unitaires de chaque bien, augmentant ainsi leur compétitivité et leur profit tant que la demande arrive à suivre. Ce facteur venant généralement contrebalancer la dégradation des coûts de transaction internes à la structure qui intervient avant la stagnation des gains productifs, et ce à moins que l’entreprise possède peu de parts de marché ce qui est peu probable en pareil sa situation.

Ceci étant dit, pour en revenir à notre question de la continuité des grandes entités industrielles il y a diverses raisons. En premier lieu il y a des raisons politiques. Chaque État veut avoir des champions nationaux, considérant que c’est eux qui disposent de la plus grande force de frappe à l’internationale et qui créeront de l’activité pour les plus petites structures, par la sous-traitance lors des gros contrats notamment. Ainsi, les États subventionnent directement ou indirectement ces grandes industries, ajoutant un facteur hors marché à leur santé économique. De plus, ces grandes firmes disposent également d’un certain niveau d’expertise dans la captation et l’optimisation d’argent public et savent donc s’adapter plus facilement que les petites firmes aux cahiers des charges institutionnels. Également une des raisons du maintien en place des ce mammouths industriels est le nombre de parts de marché qu’ils possèdent. Certes ces derniers ont perdu en efficacité et en compétitivité organisationnelle avec leur taille, étant devenus partiellement bureaucratiques sous leurs propres poids, cependant la position déjà présente sur le marché et l’écrasement de la concurrence peut permettre à des offres non optimales de rester faute de mieux, c’est le cas de l’oligopole ou du monopole. Enfin, rappelons également que le dynamisme de ces grandes industries se base sur une vampirisation des entités de plus petite envergure, celles dont l’organisation est plus simple et efficace. Cela se fait par la sous-traitance précédemment évoquée, où des petites structures avec très peu de coûts de transaction en interne travaillent pour ces grandes firmes à des prix tirés vers le bas, pour des raisons qui sont liées au pouvoir de négociation important de ces grands groupes, qui profitent d’un rapport de domination dans le cadre d’une relation marchande, sans pour autant offrir le niveau de protection d’un vrai contrat de salariat. On pourrait comparer, dans une version plus radicale, au statut des intérimaires dans une entreprise. Également, cette vampirisation des petites structures passe par la pratique de l’intégration verticale, c’est-à-dire le rachat par les grandes industries de petites structures comme les start-up. Cela permet à la grande industrie lente et inefficiente, d’externaliser ses futurs services ou innovations dans des petites firmes indépendantes, sans avoir à supporter le cout du risque pour les éventuels échecs, et n’aillant plus qu’à les cueillir en cas de réussite, c’est-à-dire les racheter. C’est notamment ainsi que les grandes firme externalisent leur système de recherche et développement. Donc pour résumer : Nous aurions des grandes industries dont l’organisation du travail et les coûts de transaction en interne seraient devenus inefficaces mais qui se maintiendraient à cette taille paradoxale, par une capacité de captation de politique publiques, une assisse sur les parts de marché trop difficile à concurrencer pour les petits acteurs et un mode d’organisation articulant efficacement les acteurs intégrés verticalement ou en contrat de sous-traitance, c’est-à-dire la relation maitre d’œuvre, maitre d’ouvrage. Toutes ces conditions sont cependant plutôt externes et on peut donc, pour finir, se demander comment ces grandes industries adaptent leur organisation en interne pour simplifier les interactions entre autant de collaborateurs ?

Cette manière d’organiser sa structure ou plutôt ses structures s’appelle, la modularisation. Pour l’expliquer nous allons prendre le cas d’un grand groupe Français du CAC 40, l’industrie Thales, cette grande firme de 80,000 salariés qui est spécialisée dans l’équipement de défense. Si on regarde dans le détail, depuis le 1 janvier 2018, cette firme est divisée en six sous-ensembles que l’on nomme les GBU pour « Global Business Units » et qui représentent les grands pôles d’activités (sept depuis l’acquisition de Gemalto en 2019 mais les informations publiques ne sont pas complètement actualisées). Ces six grands pôles sont ensuite divisés en modules que l’on nomme les « Business Lines » qui caractérisent des segments d’activités plus précises. Nous retrouvons ensuite différents sites au sein de ces « business lines » représentant la modularisation. Il s’agit ainsi de créer un module pour chaque segment d’activité où vont se répartir chacun des sites de la firme, le tout étant trié par des grands pôles dédiés à de plus larges domaines d’activités. Mais alors quel est l’intérêt pour un grande industrie de 80,000 salariés de se diviser ainsi ? L’intérêt c’est de décomposer une grandes firme en plusieurs entités partiellement indépendantes sur le plan hiérarchique, qui prennent des décisions et fonctionnent de manière quasi autonomes, étant simplement coordonnées globalement par la groupe. L’objectif est donc ici encore, pour les grandes industries, les mammouths, de simuler une taille plus petite, un taille de gazelle, pour gagner en efficience organisationnelle. Nous sommes face à des solutions par la gouvernance, permettant la création semi fictive de plus petites entités, qui seraient de fait, par leur taille, plus efficaces que les grandes en matière d’organisation. Une solution de forme ne s’attaquant pas à l’organisation productive du travail en soit mais qui permettrait de ramener les choses à des échelles plus humaines, en redonnant de la proximité et tangibilité à la ligne hiérarchique. Pour prendre une dernière fois cet exemple de Thales : Le groupe compte 80,000 salariés, imaginez que vous travaillez dans le GBU LAS par exemple, vous serez 11,000 sur seize pays, et plus précisément si vous travaillez dans la BL OME, vous serez 4,000 divisés en neuf sites dans sept pays, puis disons que vous serez sur un de ces sites qui regroupe environ 450 personnes. Vous aurez donc dans l’ordre, la hiérarchie de votre service, puis celle de votre site, puis celle de la BL, puis celle de la GBU et enfin celle du groupe, chacun des échelons ayant évidement son organe de direction et ses cadres intermédiaires dont nous aborderons l’efficacité plus en profondeur lors des deux prochaines séances de notre activité consacrées à l’organisation du travail.

Thales, (2019). Décomposition des GBU et BL.

Conclusion

Pour conclure avec cette première séance de l’activité industrie, nous allons résumer succinctement nos trois parties sur le sens du terme industrie, sur l’activité industrielle et sur l’entité industrielle dans un marché, et ce par trois éléments synthétiques.

En premier lieu pour la définition de ce qu’est un industrie, nous l’avons caractérisé ainsi : L’industrie consiste en un ensemble de méthodes et de pratiques incarnées et maitrisés par des acteurs économiques (force de travail), qui vont s’articuler autour d’une activité productive, par la transformation de matières premières et/ou de produits semi-finis, dans le cadre d’une entité organisée et dirigée, le tout  dans l’optique de répondre à un besoin du marché ou à une demande Étatique par la réalisation de biens, le plus souvent marchands.

Ensuite, concernant l’activité industrielle nous pouvons résumer son fonctionnement par ce schéma :

Et enfin concernant l’entité industrielle sur le marché que nous avons abordée au travers de l’origine des théories de la firme issue de l’article fondateur de Ronald Coase, nous citerons ce dernier pour rappeler que « une firme tendra à croitre jusqu’à ce que les coûts d’organisation d’une transaction supplémentaire à l’intérieur de la firme deviennent égaux aux coûts encourus dans la réalisation de la transaction au moyen d’un échange sur le marché ouvert ou aux coûts d’organisation dans une autre firme » (La Nature de la Firme).

Bibliographie

Baudry, Bernard et Virgile Chassagnon. Les théories économiques de l’entreprise, La découverte, 2014.

Coase, Ronald. The Nature of the Firm, Economica, 1937.

Harsin, Pierre. « De quand date le mot “industrie” ? », Annales d’histoire économique et sociale, 6, 1930, pp. 235 à 242.

Hauser, Henri. « Le mot “industrie chez Roland de la Platière », Revue historique, 150, 1925, pp. 189 à 193.

Quesnay, François. Tableau économique, Versailles, 1759.

Sée, Henri. « À propos du mot “industrie », Revue historique, 159, 1925, pp. 58 à 61.

 

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